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Sea yoU

Sea yoU

Un bateau nommé DÉSIRS... Voyages, aventures, humeurs, voiles, récits et photos


De Djibouti au CANAL de SUEZ

Publié par Fabienne et Dominique sur 27 Avril 2022, 12:15pm

De Djibouti au CANAL de SUEZ

C’est en fin d’après midi, quand la vie africaine ressurgit d’une longue sieste imposée par la chaleur torride de la mi- journée, que nous avons décidé de partir avec nos amis de Morgane.

 

Notre idée est d’arriver dans l’IRTC de jour, et d’affronter ce que nous pensons être les plus forts vents, ceux qui sont coincés entre les deux rives du détroit de Bab El Mandeb.

 

Cette première nuit est relativement tranquille, et au petit matin nous sommes en vue de l’IRTC.

Cette fois ci, nous ne rentrons pas dans ce corridor de protection, car la côte du Yémen est proche. Nous préférons rester juste à l’extérieur, du côté de la côte Érythréenne. Si des pirates du Yémen veulent nous atteindre, ils devront franchir les 3 couloirs, ce qui laisse du temps pour être repérés par les nombreux cargos qui empruntent cette autoroute de la mer.

 

Comme prévu le vent devient plus fort. Il faut dire que nous n’avons pas la météo idéale. Nous aurions aimé qu’Eole modère ses ardeurs, la mer s’énerve vite par ici, elle a le sang chaud du désert et la vague s’emporte facilement…

 

Mais nous attendions déjà depuis une semaine qu’une bonne fenêtre avec vue sur mer calme, s’ouvre pour nous à l’horizon de notre départ.

C’était le cas il y a 5 jours et la décision fut prise de lever l’ancre pour le 5 mars. Mais au fil du temps, les prévisions étaient un peu moins bonnes, mais pas suffisamment mauvaises pour nous faire encore reculer, d’autant que nous avons le vent avec nous, pas contre nous.

 

Alors maintenant il faut assumer ses choix.

Ce détroit qui n’a, légitimement, pas bonne presse, peu vraiment être une galère. Le vent s’y accélère en rafales tonitruantes et les vagues de Neptune grossissent et déferlent dès que son confrère Eole pousse des vocalises.

Des prévisions bien moins bonnes que prévues...

Des prévisions bien moins bonnes que prévues...

Pendant 48h, nous subissons des vents qui atteignent plus de 35 nds en rafales. Mais, cela n’est pas le pire, c’est la mer, qui est terrible. Les vagues sont énormes, très courtes et déferlent à l’arrière dans un mugissement de bêtes féroces qui se jettent sur leur proie. Et la proie c’est nous, sur notre bateau.

 

Des murs d’eau s’élèvent à l’arrière toutes les 7 à 8 vagues, ils dépassent le pont en hauteur de plusieurs mètres et au dernier moment se glissent sous la coque.

 

ça déferle de tous côtés

 

Morgane n’a pas cette chance, une première vague s’effondre dans le cockpit et l’inonde.

Ils installent alors la porte coulissante de la descente pour faire barrière à cette eau impétueuse qui s’invite à bord et veut envahir le carré, mais ils ne ferment pas le capot.

 

Une deuxième vague s’abat sur eux, plus grosse et plus puissante. Elle submerge le cockpit, Daniel est comme dans un jacuzzi, il a de l’eau jusqu’au cou, elle passe au dessus de la porte et dévale dans le carré.

 

Son poids fait pencher le bateau qui part « au tas » (le bateau se couche sur le côté puis revient). Tout ce qui n’était pas bien accroché est projeté partout dans le carré, la cuisine… c’est l’apocalypse selon Saint Bordel chapitre 7 verset 12.

 

Heureusement, cet épisode n’a pas fait de blessé, Daniel était attaché dans le cockpit, ce qui l’a empêché d’être emporté par les flots et Noëlle a su éviter tous les objets volants identifiés qui prirent subitement leur envol sans avoir leur brevet de pilote…

nos amis de Morgane pas très loin

nos amis de Morgane pas très loin

ça décoiffe....

ça décoiffe....

Nous aussi nous avons notre lot de galères lors d’un changement d’amure sur le génois ( changement de côté de prise au vent dans la voile). Une petite erreur de cap et celui-ci s’entortille autour de l’enrouleur.

 

Impossible de le libérer, les écoutes sont bloquées, l’enrouleur est bloqué, et la voile claque au vent… si je ne trouve pas une solution elle va finir par se déchirer, d’autant plus qu’elle a de la bouteille cette voile.

 

Je vais à l’avant, j’essaie de dérouler la voile à la main, mais la force du vent est trop forte, je n’arrive à rien, c’est même dangereux, car ce qui reste de voile et d’écoute fouette l’air, me heurte l’épaule, et un bout de peau de la main s’arrache en voulant tenir le point d’écoute.

 

Je n’ai plus de solutions, et pourtant il faut faire quelque chose, on ne peut rester comme cela.

Une idée lumineuse éclaire brutalement la noirceur de cette situation chaotique, mettre Sea yoU face au vent.

 

Mais avec ces rafales et cette mer, ce n’est pas une manœuvre aisée. Je vais me retrouver pendant un laps de temps travers aux vagues, et c’est comme cela qu’on se fait renverser par une déferlante.

Je préviens Fab que ça va secouer.

 

malheureusement les images ne reflètent pas la réalité

 

Déjà je n’ai pas à gérer la grand-voile, j’en mets rarement au portant, d’abord parce qu’elle dévente la voile d’avant et en plus je trouve que c’est une source de risques d’accidents et d’emmerdes en cas d’empannage non controlé. Je préfère de loin jouer avec mes voiles d’avant.

Vous me direz, cette fois les emmerdes c’est avec la voile d’avant… et j’apprécie cette remarque qui prouve que vous suivez avec intérêt et pertinence ce récit de mer, mais c’est bien la première fois que je rencontre ce problème.

 

Je surveille les vagues qui arrivent, j’attends d’en voir deux ou trois pas trop hautes, je tourne la barre, pousse un peu plus le moteur et me positionne dans l’axe du vent…

Et là, bingo!!! Le génois se décoince comme par magie, et faseye violemment au vent. On reprend les écoutes pour maîtriser cette voile folle qui se prend pour un taureau de rodéo, et je l’enroule doucement au winch car je n’ai pas la force de le faire à la main, les tensions sont trop extrêmes…

La bande anti UV déjà fragile et rapiécée, n’a pas survécu à l’épreuve, elle est maintenant déchirée sur toute la longueur, mais c’est un moindre mal et n’altère pas l’intégrité de la voile.

Je remercie « l’ange gardien » qui a soufflé dans mon oreille cette manœuvre de la dernière chance pour sauver notre génois.

 

Nous reprenons le cap et installons la trinquette, plus petite et plus maniable.

C’était le bon moment pour cela, car peu de temps après le vent est tellement fort, qu’un string de Fab à l’avant nous propulse encore à plus de huit noeuds…

Il faut s'accrocher...

Il faut s'accrocher...

Les éléments finissent comme toujours par se calmer, nous pouvons retrouver un peu de sérénité, et surtout nous reposer. Car le sommeil a été plus que difficile pendant ces deux jours, pour ainsi dire inexistant.

 

La navigation se fait agréable maintenant, nous sommes toujours au portant, la mer n’est plus hystérique, et le vent encore bien présent nous emmène sereinement vers notre destination.

 

C’est la fin du dernier quart de nuit, je suis allongé dans le cockpit protégé de la légère fraîcheur du vent de la mer rouge, par ma veste de quart rouge elle aussi…

Le ciel, pour ne pas détonner, s’est habillé également de rouge, d’orange et de rose.

 

Dans le ciel Arcturus est la dernière étoile a brillé encore de tout son éclat. Elle fait de son mieux pour résister à la lumière implacable du soleil, qui progressivement la fait disparaître irrémédiablement de notre regard.

 

Un cercle au contour parfait et d’une étonnante netteté sort doucement de la ligne qui sépare le ciel de la mer. On dirait un tour de magie de David Copperfield, dans ses années de gloire.

Un nuage très fin, long et sombre qui se balade sur l’horizon, vient se poser sur notre étoile comme un bandeau sur les yeux et lui donne un petit air ridicule de Zorro.

Zorro était déjà parti...

Zorro était déjà parti...

Ce matin, nous sommes le 10 mars, nous avons navigué 5 jours et nous entrons dans le port de Suakin au Soudan.

 

Encore une première, dans ce tour du monde, en même temps, c’est exactement ce que l’on recherche, découvrir de nouvelles cultures, faire de nouvelles rencontres…

 

L’entrée du port commercial où les cargos viennent décharger, est grande, profonde et sans danger.

 

C’est un peu plus complexe pour se rendre au lieu de mouillage pour les voiliers.

 

Il y a un chenal qui se rétrécit en direction d’une île, puis, avant de franchir un autre corridor très étroit qui mène au lieu d’ancrage, il y a une avancée de corail, et de sable. Bien sûr il n’y a aucune marque, pas même un simple poteau pour nous guider, et donc régulièrement des bateaux se plantent, surtout aux heures où l’on ne voit pas les fonds par transparence.

 

Au mouillage nous retrouvons « She San », avec Reto et Angela, les suisses allemands rencontrés à Djibouti, et «Babar », avec Aurélien le capitaine breton et ses équipiers, Yves et Jacques rencontrés aux Maldives.

Nos amis Irlando américain Marc et Lisa sur « En Passant » rencontrés à Fidji, rejoignent la troupe le lendemain.

Petite Fête pour la St Patrick de notre ami Irlandais

Petite Fête pour la St Patrick de notre ami Irlandais

Arriver à Suakin, c’est un peu comme débarquer dans une ville après un terrible bombardement, suivi d’âpres combats. Toute la vieille ville est en ruine, et comme c’est la première chose que l’on voit en jetant l’ancre, cela peut surprendre.

 

 

 

C’est tellement incroyable, qu’on pourrait penser que l’on se trouve aux  « Universal Studios » d’Hollywood à Los Angeles, en train de visiter les derniers décors d’un film de guerre sur la chute de Bagdad, ou de Tripoli…

 

En fait, Suakin était un des plus importants ports de la mer rouge au XIX siècle.

 

« Tous les bateaux, tous les oiseaux, tous les soleils... » y transitaient.

(Hommage à Polnareff pour les plus jeunes qui ne connaissent pas)

 

Il y avait une effervescence commerciale dynamique qui fit de cette ville un endroit prospère et attractif.

Banques, hôtels, immeubles, virent le jour, et se dressèrent fièrement sur les berges de la ville dans le plus pur style colonial de l’époque.

Tous les bâtiments étaient construits avec des blocs de coraux en guise de briques, ils se fondaient harmonieusement avec le paysage aride du désert dans un admirable ton sur ton ocre jaune.

La petite ville avait le charme envoûtant de l’Orient et l’odeur des épices qui s’y échangeaient.

 

C’était les anglais qui administraient la ville et le pays à l’époque. En 1904 pour des raisons stratégiques de développement, ils ont décidé, du jour au lendemain, de tout transférer 60 km plus au nord dans la ville appelée maintenant Port Soudan. L’accès des bateaux y était plus facile, et les possibilités d’expansion plus évidentes.

 

En un siècle d’abandon, ce fleuron de la mer rouge est devenu un champ de ruines.

De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ

Mohamed Abubaker est notre nouvel agent.

Il pourrait être un vestige humain du Suakin dont je viens de vous parler. Une momie de plus d’un siècle retrouvée sous les décombres de la bâtisse du « Spice & Co building » tenu par Sir Harrington en 1902 et qui s’est réveillée pour ressusciter l’âme de cette cité oubliée.

 

Il parle parfaitement anglais et possède ce côté « gentleman » très « British ». Mohamed pourrait avoir été éduqué dans une école de sa majesté dans un pays du Commonwealth.

 

Tout de blanc vêtu, avec la tenue traditionnelle du Soudan, on a, au début, du mal à distinguer son visage, tant le contraste avec sa peau d’un noir ébène est immense. On dirait qu’elle absorbe tous les rayons de lumière comme un « trou noir » dans l’espace.

Nos pupilles doivent s’habituer à cette opposition et ce n’est pas facile, surtout quand le soleil, qu’aucun nuage n’arrête, brille avec toute la puissance de son énergie.

Le blanc de ses yeux et de ses dents sert de repère pour guider notre regard et nous rappeler qu’il est bien face à nous.

 

 

Il arrive au bateau dans son dinghy avec deux de ses acolytes.

Atteint de diabète on vient de lui couper la partie inférieure de la jambe gauche, et néanmoins avec beaucoup de courage et de classe, il continue de se déplacer personnellement, et se fait un point d’honneur de monter sur les bateaux.

 

 

Le nôtre pour cela est très pratique et la plate-forme arrière amovible lui permet de pouvoir s’asseoir facilement, et il nous en fait la remarque avec une pointe d’amertume mais sans apitoiement.

 

Nous l’avons vu gravir avec beaucoup d’ingéniosité d’autres embarcations, pour lesquelles, même pour nous, il n’est point facile de monter.

 

Il est grand, sa voix est grave et profonde, il a une petite moustache qui n’apporte rien à son visage fier, il doit avoir une cinquantaine d’années.

 

Il vient s’occuper de nos papiers d’escale au Soudan et faire l’inventaire de nos besoins.

Il nous fournit une carte SIM, dérisoire petit bout de plastique avec une puce qui nous relie au monde, nous change des dollars contre des livres soudanaises à un taux acceptable, nous demande combien de diesel vous voulons, si nous avons besoin d’eau….

 

 

Il est d’une remarquable efficacité, et je dois avouer que, dans ce champs de ruines, on serait bien en peine de régler sans lui, nos formalités d’arrivée et nos réapprovisionnements.

 

Bien sûr, comme tous les agents, il fait son beurre avec chacune de nos demandes, « c’est le jeu ma pauvre Thérèse »,  mais la couche sur chaque tartine n’est pas trop épaisse.

SeayoU au mouillage de Suakin

SeayoU au mouillage de Suakin

De Djibouti au CANAL de SUEZ

Nous préférons remettre en ordre le bateau, nous reposer un peu et nous attendons le lendemain pour aller à terre découvrir la vie de cette ville vraiment surprenante.

 

Le cœur de la cité est composé de ruelles de terre battue où la poussière vole et se dépose partout. Il bat au rythme d’un marché quotidien très animé, propulsant dans ses artères fruits, légumes, épices, céréales, farines, dattes, pains galettes excellents.. qui iront nourrir tous les organes du corps de cette ville qui tente de survivre à son déclin depuis plus d’un siècle.

 

 

Il y a au milieu des ruines des concentrations d’habitations d’une extrême pauvreté qu’il faut distinguer de la simplicité naturelle des gens ordinaires.

 

La grande misère est toujours déconcertante et dérangeante pour ceux qui viennent des pays « riches ». Elle force aux questionnements sur notre façon de consommer et de partager les richesses de cette terre.

Nos revendications pour « toujours plus » paraissent déplacées face à ceux qui ont « moins que rien »

Elle nous rappelle à quel point nous avons si peu évolué depuis des dizaines de milliers d’années sur le plan de la conscience, pour que l’égoïsme règne toujours en maître absolue.

« Imagine all the people, sharing all the world … » John tu nous manques...

 

 

Leur mode de vie, il faut l’avouer, échappe un peu à notre compréhension d’occidentaux. Par contre l’organisation sociale semble comme souvent assez évidente, les pauvres avec les pauvres, les riches avec les riches…

Ainsi dans le « nouveau Suakin » des habitations en « dur » démontrent d’un statut social sans commune mesure avec les abris de fortune faits de récupérations diverses qui jalonnent les ruelles des ruines d’une partie du vieux Suakin.

 

 

La très grande majorité des soudanais se montre extrêmement accueillante, sympathique et bienveillante envers nous. Ils nous saluent et lancent sans retenue la seule phrase qu’ils connaissent en anglais « how are you Mister ». Les enfants y ajoutent leurs rires innocents de joie quand nous leur répondons.

 

 

Par contre les femmes sont très peu présentes ici. Au marché par exemple, il n’y a pratiquement que des hommes.

Leur place dans la société, semble être cantonnée à la maison.

L’islam dur est très présent et très influent. Sur l’autre rive de la mer rouge, c’est l’Arabie Saoudite et juste en face de Suakin, La Mecque.

De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
La boulangerie qui fait un pain "galette" excellent...

La boulangerie qui fait un pain "galette" excellent...

Puisque nous sommes bloqués ici à cause des forts vents du Nord Ouest, nous en profitons pour nous rendre à Port Soudan en bus local.

 

 

Pendant cette heure de trajet, sur une route fréquentée principalement par les camions, nous découvrons une présence militaire importante. Il est fréquent de croiser des véhicules avec quelques soldats, une mitrailleuse visée sur le plateau arrière et un bidon métallique d’où dépasse une dizaine de roquettes.

 

Les militaires qui ont pris récemment le pouvoir à Khartoum, renversant une démocratie naissante, veulent montrer qu’ils sont bien présents et qu’ils ont la situation en main…

 

A chaque station service, il y a d’énormes queues, qui témoignent avec évidence, d’un gros problème d’approvisionnement en carburant.

Est ce la guerre en Ukraine qui se fait sentir, ou un problème intérieur? 

En tout cas nous commençons à nous demander si notre commande de diesel sera honorée, car nous comptons absolument dessus.

 

 

Port Soudan est une grande ville bouillonnante d’activité.

Ce changement brutal entre la calme et paisible Suakin et l’effervescence et le brouhaha des quartiers autour du marché et du terminal de bus, nous donne le tournis.

 

 

Nous en profitons pour faire quelques courses car ce que l’on peut trouver ici est sans commune mesure avec Suakin, bien que pour les fruits et légumes les prix soient plus élevés ici.

 

Nous dénichons un genre de Fêta qui fera parfaitement l’affaire avec des tomates pour une salade grecque, des pâtisseries orientales au miel, amandes, pistaches, eau de rose comme j’adore, des épices comme au temps de Marco Polo, et de l’encens naturel en cristaux à un prix dérisoire, comme celui que ramenaient les croisés du XII ème siècle pour purifier les lieux de culte.

 

Au retour le vent a encore forci. Il balaie violemment la terre désertique pour en décoller une fine couche de sable poussiéreux qui se soulève et envahit l’atmosphère pour se métamorphoser en tempête de sable. La visibilité décroît et un léger flou artistique irise les paysages où notre regard se pose. C’est le brouillard du désert…

De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ

Après 8 jours d’attente, une fenêtre météo s’entrouvre enfin. Elle est très courte, deux jours tout au plus.

Nous ne pouvons pas aller plus loin que le nord du Soudan, près de la frontière égyptienne.

Tout au long de la côte soudanaise on trouve un grand nombre de « Marsas » .

 

Une Marsa est un bras de mer qui s’avance dans les terres. De longueurs et de formes diverses, elle se termine en impasse. On dirait un vestige d’un très ancien cours d’eau, d’une époque où les déserts étaient des forêts tropicales. On peut s’y protéger des vagues, mais rarement du vent.

 

Au départ chacun a choisi une option différente. « She San » pense s’arrêter à la Marsa Shinab, « En passant » veut aller à la Marsa Marob, « Babar » veut continuer le plus loin possible, et enfin « Morgan » et nous optons pour la Marsa Oseif.

 

C’est aux premières lueurs du jour, dans la relative fraîcheur du matin, que le bateau de Marc et Lisa «  En Passant », quitte le mouillage. Il est suivi une demi-heure plus tard par les autres voiliers excepté Sea You qui préfère attendre un peu, car je pense que le vent sera meilleur vers 10h.

 

Ils choisissent tous de tirer immédiatement un grand bord au large.

Pour ma part je préfère rester à l’abri des vagues, et tirer des petits bords entre la barrière de récif et la côte. Ce long couloir entre Suakin et Port Soudan est bien cartographié car fréquenté par des cargos, donc il n’y a pas de dangers particuliers. Il est aussi plus court de 10mn.

 

Ce qui explique pourquoi, le lendemain matin, nous avons rattrapé le groupe.

il commence à faire froid, surtout la nuit...

il commence à faire froid, surtout la nuit...

Dès que nous sommes à portée de radio, nous captons sur la VHF une bribe de conversation entre « En Passant » et « Morgane », il est question d’eau à bord, et l’Irlandais propose de se dérouter pour les rejoindre.

 

Pensant être trop loin pour que « Morgane » me reçoive, j’appelle « En Passant » pour avoir plus de détails sur la situation..

 

Mais c’est « Morgane » qui me répond directement.

« nous avons beaucoup d’eau dans le bateau à la gîte  et nous ne savons pas d’où elle vient » dit Daniel.

 

Sa voix relativement calme, a du mal à cacher une certaine inquiétude et le stress qui monte à bord.

 

Commencent alors de nombreux échanges entre les 5 bateaux pour donner des pistes de recherche sur l’origine de cette eau…

L’hypothèse d’une défaillance des boulons de quille, changés il y a un an est évoqué par Daniel, d’autant plus qu’ils ont légèrement talonné sur cette foutue avancée de corail à l’entrée de Suakin. Les hublots de coque sont aussi pointés de doigt, mais la quantité d’eau est trop importante…

 

Après 15 mn de palabres, Daniel prend la décision de faire demi-tour et de se diriger vers Port Soudan, où ils pourront faire de multiples investigations.

« En passant » et « Sea you » proposent de les escorter jusqu’à destination, mais le capitaine de « Morgane » décline la proposition estimant qu’il peut s’y rendre sans encombre et y arriver avant la nuit.

 

Sans connaître la nature de cette voie d’eau, ce refus nous perturbe un peu. Nous sommes tiraillés de l’intérieur par des sentiments contradictoires.

D’un côté, la décision du Capitaine est souveraine et nous devons l’accepter, lui seul connaît la situation réelle du navire, et de l’autre si un problème majeur entraînant le naufrage intervenait, nous nous en voudrions à vie de ne pas avoir été là pour les secourir.

 

Une fois de plus, il faut calmer le mental qui excelle dans l’élaboration de scénarios catastrophes hollywoodiens, lâcher prise sur une situation que nous ne maîtrisons pas, et nous en remettre au destin.

 

Nous restons en contact par message Iridium ( téléphone satellite) et Noëlle nous envoie régulièrement des nouvelles pour suivre leur progression. Ils arrivent juste avant la nuit au port et nous sommes tous soulagés de les savoir sains et saufs.

Un objet volant à plumes est venu se réfugier sur Sea yoU
Un objet volant à plumes est venu se réfugier sur Sea yoU

Un objet volant à plumes est venu se réfugier sur Sea yoU

Nous continuons à tirer des bords pour remonter ce vent de nord ouest qui souffle modérément, mais juste dans notre direction.

Puis nous enclenchons le moteur pour accélérer et arriver avant que le soleil passe devant nous en entrant dans la Marsa et crée des scintillements sur l’eau qui nous empêchent de voir les récifs.

 

Car il faut dire que nous allons dans un endroit totalement non cartographié, pas de profondeur, et un traçage de côte totalement approximatif.

J’ai fait ma route en fonction des images satellites de Google Earth. (Voir conseils aux marins)

 

Pour la première fois, j’ai placé mon ordinateur dans le cockpit, tenu par un sando sur la table, afin de suivre ma progression sur les images satellites.

Fab est à l’avant, elle surveille de son côté et me donne ses infos. Moi j’ai un œil sur l’écran et l’autre sur la surface de l’eau, nous avançons tout doucement, prêts à tout moment à un « arrière toute ».

 

Tous les ans des bateaux finissent par le fond dans la mer rouge. Nous en connaissons deux qui nous ont raconté leurs mésaventures, et nous venons d’apprendre qu’un Bavaria vient de couler dans le golfe de Suez. C’est à chaque fois par excès de confiance en la cartographie, une prise de risques élevée et un manque de vigilance visuelle qui sont responsables.

De Djibouti au CANAL de SUEZ

Nous sommes le seul bateau dans cette Marsa, nous jetons l’ancre en plein milieu du dernier bassin, avec beaucoup de chaîne car un nouveau coup de vent est prévu pour les jours suivants.

 

Nous ne savons pas où nos compagnons ont finalement décidé de se poser.

Un bateau avec des militaires en civil vient nous contrôler. Ils sont plutôt sympathiques et sont en contact téléphonique avec notre agent qui fait l’interprète car ils ne parlent pas anglais.

Nous nous attendons néanmoins à tout moment, à ce qu’ils réclament quelque chose, mais il n’en est rien, nous sommes tombés sur des gentils!!!

 

 

Le lendemain matin, alors que nous préparons notre petit déjeuner, nous voyons tous nos amis arriver les uns derrière les autres. La Marsa Marob qu’ils avaient choisie, était en fait une zone militaire. A 23h ils furent réveillés par des soldats en arme qui leur demandèrent de quitter les lieux au petit matin.

 

Le mouillage s’organise, des annexes sont mises à l’eau pour aller à terre et voir ce que l’on peut trouver dans ce village de réfugiés.

 

Il y a une zone frontalière contestée entre le Soudan et l’Egypte, et les habitants ont dû  abandonner leurs habitations pour venir s’installer ici.

 

la station du désert...
expédition gasoil

 

Nous arrivons à trouver du Gasoil à la station service, qui accepte nos dollars et nous fait aussi du change pour avoir de l’argent local. Puis nous trouvons des cartes SIM pour avoir de l’internet. On se ravitaille également en pain et quelques fruits et légumes.

 

les mitrons heureux de poser avec Fab...

 

Tout cela crée une certaine effervescence dans ce petit village de bord de route. Yves, équipier sur Babar essaie d’avoir des infos pour aller faire un trekking dans la montagne. Cela inquiète les militaires qui ont dû être informés du projet. Le lendemain ils nous demandent de ne plus descendre à terre et de rester à bord, car des rebelles sévissent dans les montagnes.

 

Nous voilà donc tous cloîtrés dans nos voiliers, avec un vent continuel qui fait hurler les haubans.

 

Pendant les 7 jours où nous restons dans la Marsa Oseif, Eole essaie de nous rendre fou… au bout d’un moment, le bruit incessant du vent est épuisant nerveusement surtout quand on ne peut rien faire qu’attendre.

 

 

De plus il soulève le sable et la terre ocre du désert. Tous les bateaux sont recouverts d’une pellicule de poussière, qui dans la nuit se mélange avec l’eau de la condensation, cela pénètre dans les cordages qui deviennent raides comme la justice….

Nous n’avons rien pu nettoyer à l’eau de mer avant de partir, car le vent soufflait encore à plus de 35nds la veille de notre départ.

De Djibouti au CANAL de SUEZ

C’est donc avec un bateau horriblement sale que nous prenons la mer, ce mardi matin à 5h30 du matin.

« En passant », les Irlandos américains sont partis les premiers, suivi de « She San », les suisses allemands, puis nous, et enfin « Babar » les bretons.

Attention: Ne pas confondre Babar le bateau des bretons, et le bateau de Babar, Sea yoU.

Je sais, cela prête à confusion… mais quelle drôle d’idée aussi de donner mon surnom à un bateau…

 

Je n’ai jamais vu une mer comme cela!!!  Il y a 12nds de vent, donc pas grand chose, et la mer est complètement en vrac, des vagues dans tous les sens, des séries de creux que Sea you doit gravir à la force de sa bravoure, pour retomber de l’autre côté dans un claquement, qui fait tout trembler jusqu’à mes entrailles.

 

Je souffre pour ce compagnon qui nous transporte depuis des années autour du monde, et j’en arrive à haïr cette mer rouge qui nous maltraite. J’ai même du mal à écrire tant elle nous fait bouger dans tous les sens.

Des courants de marée, un vent contraire et peut être aussi le défilé incessant de cargos gigantesques lancés à pleine allure doivent être à l’origine de ce dérèglement circulatoire de l’eau qui transforme la mer en lessiveuse.

 

Dès le départ, l’analyse des fichiers météo m’incite à traverser en largeur la mer rouge pour aller longer la côte de l’Arabie Saoudite, mais en raison du traffic je décide d’attendre le lendemain pour faire cela de jour.

 

Il nous faut toute la journée pour couper en diagonale la route des cargos et naviguer à proximité de ce pays toujours inhospitalier pour les voiliers.

 

beaucoup de traffic sur la mer rouge

 

Il faut avouer, qu’une fois quitté le Soudan, les possibilités d’abris en cas de mauvaise météo ou de problèmes techniques sont très limités.

 

Les contraintes administratives, la corruption, les excès de pouvoir des « coast guards », les prix exorbitants décrétés par les militaires en place, les zones interdites, les bakchichs… ont rendu l’Egypte infréquentable pour les voiliers. (Les choses s’améliorent depuis peu, voir la fin de cet article et conseils aux marins)

 

Sur la route beaucoup de plateformes de pétrole et de gaz

 

Nous implorons tous le ciel pour avoir une fenêtre météo suffisamment longue pour arriver directement à Suez en partant du Nord Soudan sans devoir nous arrêter.

Le vent est 95% du temps de face, cela suppose au moins 5 jours au moteur à une moyenne de 5 nds/h pour faire les 580 mn qui nous séparent du canal. Tirer des bords et faire de la voile rallongerait d’au moins 2 jours le temps nécessaire pour atteindre notre graal.

 

Voilà pourquoi nous croulons sous les bidons de gasoil…

 

Il faut alimenter Sea yoU dès que la mer le permet...

 

La grand voile est toujours à poste et elle nous aide à consommer moins dès que nous avons un angle au vent supérieur à 20°. Les rares moments où nous avons un angle supérieur à 30° nous y ajoutons une voile d’avant, pour aller plus vite.

Mais quand le vent dépasse 15 nds, la mer se lève et devient cassante en moins de 2 heures.

 

Pour notre arrivée dans le Golfe de Suez le vent est tellement discret qu’on dirait qu’il a honte et se cache derrière les falaises de la côte. Cela permet de mieux avancer car la mer est plate comme un lac. Nous en profitons 36h puis le vent reprend.

Ambiance très particulière dans le golfe de Suez...
Ambiance très particulière dans le golfe de Suez...
Ambiance très particulière dans le golfe de Suez...
Ambiance très particulière dans le golfe de Suez...

Ambiance très particulière dans le golfe de Suez...

« En passant » n’est pas très loin de nous depuis le début et nous arrivons ensemble à l’entrée du canal vers 4 h du matin. Le vent fraîchit comme prévu par la météo et il souffle fort maintenant, la fenêtre s’est refermée brutalement, il était temps qu’on arrive.

 

"En passant" qui est avec nous pour l'arrivée

 

Il nous faut atteindre le Yacht Club qui se trouve à environ 3mn, mais pour cela il faut emprunter le canal qui pour le moment est fermé.

 

Des dizaines de cargos sont en attente au mouillage.

On sent une grande activité sur la VHF, les communications sont incessantes, et on comprend vite qu’un convoi est en train de se préparer pour emprunter le canal.

 

les cargos en attente du passage

 

«  Suez port control, de Sea you….. demande l’autorisation d’aller au Yacht Club »

«  non le canal est fermé, vous devez attendre le départ du convoi… aller vous mettre en attente sur « écho 1 » » me répond un agent toujours un peu difficile à comprendre.

 

«  mais dépêchez vous le convoi part bientôt » ajoute t il.

 

Heureusement j’avais repéré sur ma carte des dizaines de cercles dans des endroits différents comportant des lettres et des numéros, qui de toute évidence étaient des zones de mouillage d’attente.

 

A peine arrivons nous près de « echo 1 », que l’on entend à la radio « En passant » au milieu d’une phrase inaudible. Puis une conversation s’instaure entre Marc et l’opérateur.

 

Marc m’appelle à son tour sur la VHF pour me dire que nous devons aller sur « Charlie 1 » maintenant et qu’il faut faire vite car le convoi démarre…

 

Pour aller sur cette nouvelle zone il faut couper le canal..

Je frôle les balises vertes, et commence à prendre le chenal…

«  sea you, sea you qu’est ce que vous faites… quelles sont vos intentions… » demande une voix excitée à la VHF, visiblement pas au courant.

.

Fab lui explique les dernières consignes qui nous ont été données…

«  ok mais faite vite, vite, vite le convoi démarre et arrive sur vous.. »

 

Je regarde à bâbord, et effectivement je vois un cargo qui est dans le canal et se dirige vers nous.

Il est encore loin heureusement, je mets les gaz pour montrer au gars qui surveille notre AIS sur ses écrans que je mets de la bonne volonté pour franchir les 350m du canal.

 

 

Une demi-heure plus tard nous arrivons sur « Charlie 1 », le jour s’est levé et la lumière orangée du petit matin apporte de la douceur à ce nouveau paysage que nous découvrons, la ville de Suez au loin et l’entrée de son canal.

 

Notre mouillage est relativement bien protégé des vagues qui se forment avec les 20 nds de vent qui soufflent maintenant.

 

Néanmoins un immense sentiment de soulagement et de joie intérieure se diffuse dans tout notre être comme un verre de T-punch…

On l’a FAIT… la remontée de la mer rouge!!!

 

Le convoi devrait s’étirer jusqu’â 9h30, nous pouvons espérer dormir au moins 2 heures.

 

 

De Djibouti au CANAL de SUEZ

Nous sommes en train de manger tranquillement les derniers fruits qui nous restent quand nous voyons le dernier cargo emprunter le corridor balisé de rouge et de vert.

 

Le « Suez Port Control » doit être bien fatigué après cette activité matinale, car il faudra au moins une douzaine d’appels à la VHF pour qu’ils nous répondent et nous donnent l’autorisation de nous rendre au Yacht Club.

 

Magnifique mosquée sur la route du Yacht Club

 

Quand nous arrivons « En Passant » est en train d’être installé au mouillage par un gars de la « marina ».

Nous apercevons sur le ponton un homme tout de blanc vêtu, qui nous fait signe, c’est notre agent, Ehab Soukar, plus connu par le sobriquet de « Prince of the Red Sea » comme il aime se faire appeler. Il faut croire que les agents aiment s’habiller en blanc…

 

Il nous a réservé une place sur le ponton, peut être parce que Fab est en contact avec lui depuis longtemps et qu’il l’apprécie… ou bien, il a vu en nous des pigeons qu’il faut garder sous le coude pour mieux les plumer.

Difficile de savoir au début d’une relation, où tout est flou et nébuleux et où nous sommes totalement dépendants de l’agent pour tous nos besoins, ici encore bien plus qu’ailleurs car nous ne pouvons pas sortir, nous sommes coincés.

 

Nous avons bien eu un devis, avant d’arriver, mais on ne sait pas à quoi correspondent les sommes demandées, si elles ont une vrai justification, s’il prend une commission dessus…

Il demande 80$ pour son intervention, mais ce tarif très peu élevé est suspect. On connaît les honoraires généralement pratiqués, et la voracité habituelle des agents, cela veut dire qu’il fait de l’argent ailleurs, mais dans quelle proportion?

 

Il monte à bord pour faire nos papiers. C’est un homme pas très grand avec une petite moustache, qui parle fort pour se faire entendre et appuyer ses propos.

 

"Prince of the Red Sea" une sympathie non dénuée d'intérets

 

Nous lui demandons du gasoil. Nous en avons tous grandement besoin après ces heures de moteur à remonter un vent de face. Il nous annonce tout de suite la couleur:

«  c’est 1$50 le litre, c’est cher je sais mais c’est à cause de la guerre en Ukraine…. » nous dit-il.

La guerre que les russes ont déclenché en Ukraine vient de supplanter le Covid pour la justification de tout et n’importe quoi…

 

Comme on a pas le choix et que l’on ne connaît pas le prix à la pompe, on accepte. On se dit « c’est à peu près le prix en Europe ».

 

En réalité le prix est de 0,40$, ce à quoi s’ajoute une taxe de 25% pour les étrangers, ce qui fait 0,5$… il se fait donc avec son acolyte de la marina 1$ par litre.

Le calcul est vite fait, nous sommes 3 bateaux à avoir pris 200l chacun, bingo!!! 600$…

 

Pour faire notre réapprovisionnement d’épicerie, Ehab a demandé à un oncle âgé qui vient de perdre sa femme de s’en charger …  une chose est sûre il n’a pas perdu son sens des affaires, il n’y a pas de détails, aucun prix sur les articles, juste une somme globale impossible à vérifier.

 

le bon Papy des courses...

 

Ensuite ce sont les visites des « officiels » dont certains ont bien compris comment arrondir leur fin de mois, le  bakchich est devenu la norme, un cadeau obligatoire pour tout le monde.

 

Nos amis de She San se sont même vus menacés par quelqu’un qui se disait « harbour master » de ne pas pouvoir partir le lendemain s’ils ne donnaient pas 200$, car sur 3 extincteurs un était expiré en date mais toujours valable au vert sur le nanomètre. La négociation se fera à 30 $ et quelques paquets de cigarettes…

 

Le pseudo responsable de la marina un certain « kacal  », dont la gentillesse et la sympathie n’ont pour seule motivation que de venir réclamer tout au long de la journée des T-shirt neufs, des vieux vêtements.. pour en arriver en soirée à bien faire comprendre que maintenant il lui faut son cadeau en dollars ou en euros.

 

Pour les pilotes qui nous accompagnent sur le canal le lendemain, le bakchich est devenu obligatoire, notre agent préconise 25$, mais à l’arrivée ils demandent tous plus.

nos amis de Babar viennent se mettre à couple à Port Suez

nos amis de Babar viennent se mettre à couple à Port Suez

La situation était devenue infernale. Les voiliers étaient pris en otage par tous les intervenants dont le niveau de corruption ne faisait qu’amplifier.

 

Je dis bien « était » car nous avons vécu en « live » et contribué à notre humble mesure à une véritable révolution en arrivant à Ismailia.

 

la marina d'Ismailia

 

Cette grande ville au milieu du canal qui fut érigée par les français au moment de la construction de celui-ci, est une étape obligatoire entre les deux tronçons à parcourir. Il y a une agréable marina, où nous déposons les pilotes et pouvons rester le temps que nous voulons pour attendre une bonne fenêtre météo en Méditerranée.

 

 

Le lendemain de notre arrivée, un homme, Mohamed Mohsen, capitaine de la « Suez Canal Authority   » et son assistante viennent se présenter à nous et nous demandent si nous pouvons donner nos impressions sur le passage du canal. Il parle un français parfait, bien meilleur que beaucoup de nos compatriotes, ce qui permet d’être parfaitement clair sur tous les problèmes que j’évoquais plus haut.

Mohamed a une oreille très attentive et nous explique la mission qui lui a été confiée.

 

En résumé, les autorités du canal veulent développer le « yachting » pour attirer les voiliers de Méditerranée et en finir avec la corruption.

 

Mohamed, l'homme qui va changer le visage du Canal pour les voiliers

 

Dès le lendemain, la consigne est envoyée à tous les pilotes de ne plus demander de bakchich, le nôtre est réprimandé et menacé de licenciement.

 

Ils vont créer une plateforme internet où l’on pourra s’inscrire et payer le transit du canal directement, plus besoin d’agent aux pratiques douteuses.

 

La marina est en cours de restructuration pour un meilleur accueil et de nouveaux aménagements portuaires sont prévus.

 

Actuellement nous ne pouvons pas sortir de la marina alors que nous sommes si proches des joyaux de l’Egypte. Nous lui demandons donc de créer un visa temporaire abordable qui permettrait de dépenser notre argent et de visiter ce beau pays.

Deux jours plus tard, il nous présente le projet d’un visa d’un mois, nous lui suggérons que c’est trop court à cause des conditions météo et qu’il faudrait au moins trois mois… cela doit être renégocié avec les différentes autorités…

Bref les choses vont vites, très vite…

 

Il est d’une gentillesse incroyable et d’une redoutable efficacité.

Dès que nous lui parlons d’un problème, il se met en quatre pour le régler. C’est ainsi que mon balcon arrière fut ressoudé en même temps que d’autres problèmes sur des bateaux amis.

 

Soudure inox du balcon

 

Il a pour nous tous de délicates attentions qui nous touchent et nous réconcilient avec l’Egypte.

 

Il est sans aucun doute l’homme de la situation, et je lui souhaite sincèrement de réaliser ce grand projet de modernisation du passage du canal pour les petites unités.

 

A sa demande nous restons quelques jours supplémentaires, ce qui permet d’accueillir nos amis de Morgane qui nous ont rattrapé après leur arrêt forcé à Port Soudan.

 

Le CANAL DE SUEZ, est un lieu mythique. C’est un passage entre deux mers mais aussi entre deux univers, l’Orient et l’Occident, c’est un utérus géographique créé par l’homme pour naître ou renaître dans un monde ou dans l’autre.

Si depuis quelques années, le passage se faisait au forceps pour les voiliers, on peut espérer que demain ce sera un accouchement sans douleur.

 

Nous quittons la marina le 12 avril à 10h30, toute l’équipe de Mohamed est présente pour nous filmer et nous faire leurs adieux.

Le soir à 19h30 nous sommes de retour dans notre mer de prédilection, la Méditerranée. Nous l’avons quittée par le détroit de Gibraltar, nous y revenons par le canal de Suez.

Encore quelques centaines de miles pour rejoindre Port Camargue est la boucle sera bouclée.

 

 

 

 

Bon vent à tous.

 

Sea yoU Soon

Comment imaginer sur cette vue de l'espace qu'il y 1200mn (2200km) à parcourir

Comment imaginer sur cette vue de l'espace qu'il y 1200mn (2200km) à parcourir

SPECIAL

 

CANAL de SUEZ

 

Le premier coup de pioche pour la construction du canal fut donné le 25 avril 1859 par le français Ferdinand de Lesseps. Il fut inauguré 10 ans plus tard en Novembre 1869.

La ville d’Ismailia vit le jour grâce à la construction du canal.

Le canal fait 193 km, il est large de 329m pour une profondeur de 24m.

 

Le fonctionnement général est simple.

Ici il n’y a pas d’écluses comme à Panama.

Le transit se fait par un canal, dédoublé, à certains endroits.

Le mouvement des cargos se fait par convoi de plusieurs dizaines d’unités. Il y a un convoi Sud Nord, pour deux convois Nord Sud.

Nous nous introduisons dans les convois et naviguons sur les côtés près des balises.

Sur le chemin nous traversons le grand Lac Amer, puis nous arrivons sur le lac Timsah où fût bâti Ismailia.

 

 

La direction du Canal de Suez veut développer et faciliter le passage. Pour cela ils sont en train de réaménager et transformer la marina d’Ismailia qui est l’endroit idéal pour attendre de bonnes conditions météo en Méditerranée avant de faire la deuxième partie du canal.

 

(Voir les images du projet qui va voir le jour d’ici quelques mois.)

 

 

 

 

Comme j’en ai parlé plus haut, les conditions du passage du canal sont en pleine mutation positive grâce à un homme, Mohamed Mohsen, et son équipe.

Tout va évoluer dans les mois à venir, il est donc difficile de donner des précisions sur les conditions du passage car des changements interviennent régulièrement.

 

Néanmoins aujourd’hui:

 

1) Il est toujours nécessaire pour le moment de passer par un agent. Notamment pour les formalités en relation avec les autorités du pays et le transit du canal.

"Dans un avenir proche, ces frais seront collectés dans une facture unifiée qui sera payable sur un site Web ainsi que le visa. Il y aura aussi dans quelques mois, un site web pour payer le canal et un pour réserver la marina" m'a informé Mohamed

 

2) le problème des « bakchich » aux pilotes est résolu.  Aucun pilote ou personnel dépendant de l’autorité du canal ne doit demander de « pourboire ». Celui-ci était devenu parfois un véritable racket organisé.

 

3) le tarif nébuleux donné par les agents concernant le passage du canal change à partir du 1er mai 2022. Il n’y aura plus de « mesurement » pour les bateaux de moins de 300t.

Le tarif sera fixé de façon claire, et l’agent ne doit plus être flou sur le sujet.

Notamment prétendre qu’il n’a pas eu la facture et faire une « approximation » sur le prix pour vous rembourser après… mais bien souvent on est déjà parti…

Attention restez vigilant quand même, l’argent qu’il ne pourra plus faire sur le tarif du canal, il essaiera certainement de le faire ailleurs sur d’autres postes.

 

4) en cas de problèmes, ou de réclamations suite à un comportement inapproprié, un incident… lors du passage ou pour toutes questions relatives au canal voilà les coordonnées directes de Mohamed Mohsen.

 

Tel/what’s app: 0020 1003833540

 

m.mohsen@suezcanal.gov.eg

 

Et celui de la marina:

 

yachtsmarina@suezcanal.gov.eg

 

Ne pas hésiter à les contacter

Mohamed, une partie de son équipe et les équipages des bateaux

Mohamed, une partie de son équipe et les équipages des bateaux

BONUS PHOTOS

SPECIAL

CANAL de SUEZ

LA MARINA ISMAILIA

De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
L'interview pour la communication du Canal

L'interview pour la communication du Canal

L' anniversaire du Capitaine

De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
Mon cadeau d'anniversaire de la part du Canal. Il ne pouvait pas trouver mieux!!!
Mon cadeau d'anniversaire de la part du Canal. Il ne pouvait pas trouver mieux!!!

Mon cadeau d'anniversaire de la part du Canal. Il ne pouvait pas trouver mieux!!!

Sea yoU pendant le passage

De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ

LES CARGOS

De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ

LES PÊCHEURS AU MILIEU DES CARGOS

De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ
De Djibouti au CANAL de SUEZ

LES PILOTES

Le premier qui ensuite ne sera pas content des ses 25$ de bakchich...

Le premier qui ensuite ne sera pas content des ses 25$ de bakchich...

Le second en pleine action...

Le second en pleine action...

Récupération du pilote par la pilotine
Récupération du pilote par la pilotine
Récupération du pilote par la pilotine

Récupération du pilote par la pilotine

CONSEILS AUX MARINS

CARTES

 

Le livre incontournable et malheureusement épuisé et non réédité est le RED SEA PILOT Imray. On y trouve des cartes détaillées et des conseils très pratiques.

Il semble que certains aient scanné le livre et mis sur internet… à voir

 

Toutes les cartes sont généralement très mauvaises en dehors des zones fréquentées par les cargos.

 

Télécharger les cartes satellites en KAP ou MBtiles, plusieurs sites les proposent gratuitement et on trouve aussi des liens proposés par des marins dans le groupe « Red Sea passage » sur Facebook. ( voir conseils aux marins du précédent article)

Elles s’utilisent ensuite sur Open CPN, et sont vraiment indispensables si vous voulez sortir des sentiers battus.

Détroit de Bab El Mandeb

 

Attention à ce tronçon qui peut vraiment être très rude. Préférer une bonne fenêtre météo qui ne donne pas plus de 10, 15nds (GFS) car vous aurez 20, 25 et cela fait une vraie différence pour l’état de la mer avec les 30, 35nds que nous avons eus, même en vent arrière…

 

Port Suakin

 

Attention à cette avancée de corail au dernier virage vers la zone de mouillage.

WP: 19 06 780 N - 037 20 356 E.  Laisser ce WP sur bâbord en entrant puis longer la berge mais pas trop près non plus. Les fonds doivent rester à 4 mètres. ( voir trace)

 

 

Mohamed Abubaker est incontournable.

Tél: 249 91 2142678 (what’s app) - mail: mohamedabubaker945@gmail.com

 

Pour la carte SIM. Son prix semble variable selon les bateaux, dans tous les cas si vous pouvez patienter d’aller à terre cela sera bien moins cher. Si c’est Mohamed qui vous la fournit il faut que cela soit une carte MTN, car l’autre ne fonctionne plus après Port Soudan et notamment dans les marsas qui ont du réseau comme Marsa Oseif.

 

Le pain pita de la boulangerie est excellent. Au marché quotidien on trouve des légumes et quelques fruits, idem dans les magasins le long de la route.

Pour plus de choix, il y a Port Soudan à 1 heure de bus.

 

Nous avons pu faire remplir notre bouteille Camping gaz de 3kg.

 

Marsas

 

Marsa Oseif

 

Pour y entrer, elle ne présente pas de danger particulier, mais restez au centre, loin des berges. Sans les cartes satellite sur Open CPN, il vaut mieux arriver en ayant un soleil sans reflet, au zénith ou dans le dos.

Notre mouillage: 21 45 683 N - 036 52 390 E

 

Si la situation le permet ( pas de rebelles dans les montagnes), on peut aller à terre. On a changé des dollars à un très bon taux à la station, et pu reprendre du diesel.

Dans le village on peut trouver quelques fruits et légumes, du pain et des cartes SIM qu’il faut ensuite charger en argent et choisir un plan. ( mieux vaux le prévoir avant à Suakin ou port Soudan).

 

Pour partir on peut longer la côte afin de sortir plus haut et éviter de faire un grand détour. (Voir trace)

 

 

La Marsa Marob n’est plus autorisée car une base militaire y est installée.

 

Les nombreuses marsas sont généralement désertes, mais nous n’y sommes pas allés .

De Djibouti au CANAL de SUEZ
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