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Sea yoU

Sea yoU

Un bateau nommé DÉSIRS... Voyages, aventures, humeurs, voiles, récits et photos


NOUMEA - KUPANG via TORRES

Publié par Fabienne et Dominique sur 4 Novembre 2021, 00:04am

NOUMEA - KUPANG via TORRES

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"CONSEILS AUX MARINS"

en fin d'article

Nous quittons Nouméa et la Nouvelle Calédonie en ce vendredi 24 septembre 2021, jour férié sur le territoire, pour fêter l’anniversaire du rattachement à la France de la « Grande Terre ».

Journée sans travail parfaitement respectée par tout le monde, loyalistes ou indépendantistes.

Cela ne manque pas d’ironie quand on voit l’acharnement dogmatique des indépendantistes qui espèrent accéder à leur fin lors de ce troisième référendum du 12 décembre…

 

Bien que, le covid, encore lui, pourrait bien rebattre les cartes et ouvrir les consciences perdues dans le brouillard épais d’une idéologie indépendantiste bien loin d’être prête à l’exercice de la souveraineté.

 

Pour faire face à la soudaine poussée violente de la maladie, le gouvernement local dirigé actuellement par des indépendantistes n’a aucun scrupule à demander des millards à l’état français pour indemniser généreusement comme en métropole ceux qui ne peuvent plus travailler, mais aussi des aides spéciales de médecins, matériels, personnels soignants…

 

Comment convaincre demain qu’ils pourront s’en sortir seuls sans la métropole?

 

Ce caillou perdu aux antipodes de la France, est un diamant brut qui a encore besoin d’être taillé ensemble, main dans la main par les kanaks, caldoches et zoreilles pour briller de tous ses éclats.

La division, la séparation, ne feront que changer le carrosse en citrouille qui servira c’est certain à faire très vite une nouvelle recette de Chow mein.

 

Si les Australiens ont dénoncé l’accord d’achat de sous marins avec la France pour s’allier à la super grande puissance américaine, c’est qu’ils ont compris la volonté du pays de Confucius de mener une grande partie des pays du Pacifique à la baguette.

 

 

Mais bon… «Simone!!!…  je rappelle que le Schmilblick est un œuf et un œuf ne fait pas de politique… voyons!!!» (Coluche tu nous manques…)

NOUMEA - KUPANG via TORRES

Le ponton A s’éloigne doucement, alors que le soleil commence enfin à réchauffer un peu l’air qui est redevenu frais ces derniers jours. La ville est d’un calme quasi absolu, confinement strict plus jour férié, et Nouméa a des aires de lendemain de fin du monde et de disparition de l’humanité.

 

J’appelle à la VHF le MRCC (contrôleurs des mers).

« MRCC… MRCC… de SEA YOU.. SEA YOU… est-ce que vous me recevez??

«  SEA YOU…je vous reçois fort et clair »

« Bonjour, je vous informe que nous quittons le territoire pour nous diriger vers l’Indonésie »

« très bien Sea you, c’est enregistré, pouvez vous nous faire parvenir la liste de votre matériel de sécurité, au cas où.. »

« pas de problème, je vous envoie cela par iridium »

« Bon voyage… terminé… »

 

Nous sommes tout seuls sur le plan d’eau, ce qui contraste avec notre arrivée, où nous avions relevé une animation certaine. Les navettes vers l’îlot Maître, les balades d’observation des baleines, les catamarans charter, les pêcheurs, les plaisanciers, les exercices militaires… tous se croisaient activement et créaient une forme de vie grouillante à la surface de l’eau.

 

Je prévois de remonter dans le lagon jusqu’à la passe de Saint Vincent, à environ 35 mn (62km), et de ne nous y arrêter pour la nuit. Cela permet de se « remariner » tout doucement après avoir passé près de 7 semaines à terre, et d’éviter une grosse houle à l’extérieur qui combinée aux vagues du vent, fait dire aux prévisionnistes que la mer sera « grosse ».

On apprécie de plus en plus, quand cela est possible, de faire cette petite étape préliminaire de remise en jambe et de dernier contrôle technique en action, avant d’affronter de grandes navigations.

 

Le vent souffle généreusement dès notre sortie de la baie de l’orphelinat, et il n’a de cesse de monter en puissance au fur et à mesure de notre progression le long de la côte ouest du caillou.

Tout ce qui est tendu ou offre une résistance au vent vibre comme une corde de guitare et y va de sa note de musique. L’ensemble est parfois cacophonique, parfois mélodique selon la puissance de l’air. Il arrive même que l’on entende des voix de personnages lointains ou des chants de sirène en mal d’amour. De quoi exciter l’imagination des marins d’autrefois qui y voyaient des présages souvent terribles.

 

Non seulement le vent est fort, mais l’indice de refroidissement éolien est incroyablement élevé… on se pèle!!! Jamais depuis notre départ de port Camargue, nous n’avons été obligés de mettre bonnet et chaussettes en plus d’un pantalon et d’un polar… d’ailleurs ils sentent le renfermé pour ne pas dire le moisi…

 

Le lagon se creuse de plus en plus et par endroit, au niveau des passes, nous affrontons des vagues hautes et courtes qui seraient vraiment désagréables si nous les avions de face… Mais nous sommes au portant et donc nous glissons presque harmonieusement sur leur dos blanchi par l’écume, en slalomant entre les concrétions coralliennes, bien indiquées sur les cartes.

 

Il faut dire que dans ce lagon immense, l’armée américaine installa sa plus grande base de repli et de formation du Pacifique sud pendant la deuxième guerre mondiale.

Les voies navigables y sont extrêmement bien balisées et répertoriées et même beaucoup d’infrastructures qui furent créés pour l’occasion sont toujours présentes.

Dans certaines passes, Uiote, St Vincent… il est même indiqué sur les cartes de ne pas pêcher car il pourrait y rester des mines.

 

Dans cette ambiance très bruyante d’un bateau qui avance vite sur l’eau, on entend une sorte de ronronnement lointain qui passe à travers les chants de sirènes et se rapproche rapidement. On scrute l’horizon, en cherchant en vain d’où cela provient, quand d’un seul coup un avion surgit par derrière et nous passe en rase-motte.

Une ou deux minutes plus tard,

« Voilier Sea you… voilier Sea you est ce que vous me recevez?… »

«  oui voilier Sea you je vous reçois 5 sur 5 »

«  bonjour, ici le Falcon de la Marine Nationale aéroportée, est-ce que vous êtes au courant des restrictions de navigation de plaisance relatives à la période de confinement? »

«  oui tout à fait, mais nous quittons le territoire pour l’Indonésie… »

«  ah ok, et bien bon voyage et bon vent »

« merci… » et je leur donne quelques détails sur notre navigation pour faire un peu la conversation…

 

Tout cela se déroule de façon fort sympathique…

 

Mais quand même… je ne veux pas paraître rabat-joie, mais combien coûte une heure de vol de Falcon avec son équipage??, plusieurs milliers d’euros certainement… tout cela pour empêcher quelques plaisanciers d’aller s’aérer sur leur bateau en plein confinement… en plus on a vu personne sur toute notre route…

Mais bon, il faut que l’argent circule… cela fait vivre au moins les pilotes et les gens qui s’occupent de l’avion…

 

NOUMEA - KUPANG via TORRES

Nous prenons un mouillage par 25 nds de vent dans un environnement magnifique derrière l’île Puen.

Une succession de collines aux herbes longues, desséchées par le manque d’eau, collent sur le ciel bleu et blanc des demi-cercles aux multiples tons ocre jaune. Au bord de l’eau, on aperçoit une petite dizaine de propriétés modestes, espacées les unes des autres, ressemblant à des fermes. N’y voyant aucune vie, l’utilisation de jumelles me permet de voir qu’elles sont toutes en piteux états, voir même en ruine, avec le plus souvent le toit manquant. Ils ont dû prendre cher ici lors du dernier cyclone!!!

 

Nous y sommes protégés des vagues mais pas du vent.

Il continue à souffler fort pendant encore 3 ou 4 heures, puis s’arrête comme on ferme un robinet.

On passe une nuit remarquable, cela bouge encore moins qu’au port.

 

Le lendemain matin je décide d’aller inspecter ma coque avant de partir et surtout l’hélice du moteur, car un mois et demi au port est souvent propice à l’apparition de parasites, même si nous avons fait le carénage il y a peu. Cela fait 7 ans que l’on fait différents tests d’application du Velox, cet anti-fouling spécial hélice, mais à chaque fois il tient très mal et en quelques jours la moitié de la peinture est partie.

 

Plonger, au port n’est guère plaisant, l’eau y est souvent sale, un égout malodorant se jette justement dans le port Moselle, c’est donc le bon moment ici dans ce décor paisible, dans de l’eau saine… j’enfile juste un Lycra pour que le choc thermique avec ma poitrine ne soit pas trop violent et avoir le moins de choses à rincer car on est pas près de refaire un plein d’eau… et hop, au jus….

En fait elle n’est pas aussi froide que je le pensais, et au bout de quelques minutes cela devient même agréable… j’aurais juste à gratter 2 pâles de l’hélice que quelques invertébrés avaient déjà colonisées.

 

En fait en y réfléchissant bien c’est mon seul et unique bain en Nouvelle Calédonie… le vent y est trop froid en cette saison.

NOUMEA - KUPANG via TORRES

A 8h 20 nous levons l’ancre, le vent, aussi léger qu’une plume, ondule très faiblement la surface de l’eau. Sa couleur n’est pas celle des cartes postales du pacifique, le fond de vase en est la raison, la lumière ne peut pas se réfléchir sur le sable blanc et faire jaillir le bleu des mers du sud.

 

Un vieux souvenir d’adolescence remonte à la surface de ma mémoire, comme les bulles d’air d’un plongeur.

Le « bleu des mers du sud », c’’est le nom qu’avait donné la célèbre marque Waterman à une de ses cartouches d’encre. C’était la couleur que j’avais choisie au lycée pour prendre mes cours, avec le désir évident de ne pas faire comme les autres. Je rêvais déjà à des océans lointains et à l’aventure simplement en écrivant avec ce bleu enchanteur.

Mon stylo plume fut mon premier bateau, il naviguait sur des flots de mots et de phrases qui perdaient de leur sens en se mélangeant dans l’esprit vagabond d’une jeunesse aspirant à la découverte du monde.

 

Nous continuons notre remontée dans le lagon jusqu’à la grande passe d’Isie, que nous empruntons vers 11h. C’est aussi l’heure que nous prendrons pour faire notre point journalier.

 

En franchissant cette porte imaginaire entre deux récifs de coraux nous entrons dans un nouveau chapitre de notre périple autour du monde et nous quittons définitivement la Nouvelle Calédonie.

 

Nous avions décidé de faire au moins un arrêt sur la route, pour profiter d’un de ces petits îlots de la mer de corail où personne ne va jamais.

 

Nous mettons alors le cap sur les îles Chesterfield. Ces îles appartiennent à la France depuis leur prise de possession par le lieutenant de vaisseau Adolphe Guyon le 15 juin 1878, dans le but d’y exploiter le guano.  C’est le dernier bout de terre français du Pacifique Ouest.

 

Longtemps oublié par l’état, cet immense récif corallien désert qui a un peu la forme d’un hameçon traditionnel polynésien est maintenant rattaché à la Nouvelle Calédonie.

 

 

Sur ce récif qui enferme un immense lagon, émergent par endroit de petits îlots de sable avec un peu de végétation.

 

Nous mettons 4 jours pour rejoindre cet endroit perdu. Le vent plutôt mou au début n’a fait que se renforcer progressivement et bien sûr quand nous arrivons, il souffle fort le bougre…

 

Nous arrivons un peu tard, il est 16h30 et la nuit sera là vers 18h.

Je décide quand même d’entrer pour voir comment cela se passe à l’intérieur..

La passe est large et ne pose aucun problème, mais en arrivant dans le lagon, on constate tout de suite que celui ci est très agité. Le « fetch » est trop important ( surface d’eau soumise à l’effet du vent) et les vagues se sont formées dans le lagon.

Pour trouver un mouillage abrité des vagues, il faut descendre ce lagon pendant plus d’une heure face au vent. De plus nous n’aurons pas de plan B possible si nous ne trouvons pas de bon emplacement car la nuit arrive…

Donc le capitaine prend la décision de ne pas prendre de risques et de faire demi-tour.

Nous ressortons du lagon par où nous sommes rentrés et nous reprenons notre route pour un autre îlot à 3 jours de mer.

L'îlot de l'entrée de la passe

L'îlot de l'entrée de la passe

La navigation pour cette nouvelle destination est très agréable avec des vents portants modérés ( qui nous poussent de l’arrière).

Au fur et à mesure que nous montons vers le nord, nous nous rapprochons de l’équateur, et les températures remontent.

La douce chaleur des tropiques redevient la norme. Fini les chaussettes, polaires, et même bonnet la nuit… c’est même avec grand plaisir que j’accueille de nouveau les premières gouttes de transpiration qui coulent de ma tempe.

À Nouméa nous étions à 22° sud, nous sommes maintenant à18° sud, et ces 4 ° font toute la différence.

Il fait suffisamment chaud pour que nous soyons de nouveau vêtus uniquement d’air et de lumière, nos plus beaux habits dont la légèreté n’a d’égale que la transparence. Et en plus, pas besoin de les laver..

 

Eole nous a quitté depuis plusieurs heures, certainement pour aller flirter avec une dépression lointaine, troublé par son œil allumeur.

C’est donc propulsé par notre brave et fidèle moteur, que nous arrivons sur cet îlot désert au moment où le soleil en a terminé avec les teintes rouges de son lever, et se décide enfin à donner un peu de puissance sur nos panneaux solaires pour charger nos batteries.

 

La lumière est également suffisante pour faire ressortir les différents récifs qu’il nous faut absolument éviter pour trouver un bon mouillage.

NOUMEA - KUPANG via TORRES

De nombreux oiseaux nous survolent et poussent de petits cris, pour nous accueillir ou pour nous dissuader de venir… mais comme ni Fab ni moi n’avons pris en troisième langue, oiseau, nous ne leur répondons qu’un pathétique « coucou les piafs » qui je suis certain les a tout de suite rassurés…

 

Cet îlot tout en longueur s’étend sur environ 1 km de long, et sa partie la plus large ne dépasse pas les 200 m.

Sa côte Ouest est une longue et superbe plage de sable blanc avec une touche de rose, la côte Est est plus corallienne.

 

Nous ne savions pas encore que nous venions d’arriver dans un haut lieu du sexe de la mer de corail, le cap d’Agde du pacifique sud.

 

Nous décrochons l’annexe du portique pour la mettre à l’eau, puis c’est au tour du moteur de descendre retrouver sa place sur le tableau.

Fab est penchée sur la plate-forme arrière et lave son masque de plongée dans le lagon.

J’adore cette position qui lève vers le ciel et met en valeur la partie la plus ronde de son corps sur laquelle dansent les rayons du soleil réfléchis par les vaguelettes friponnes du lagon bleu turquoise. Je me damnerai jusqu’à la fin des temps pour que cette image reste inscrite dans ma mémoire éternellement.

Mais, je préfère me précipiter sur mon appareil photo et immortaliser l’instant moi même plutôt que de faire confiance au diable dans cette histoire.

 

 

Soudain elle pousse un petit cri de stupeur qui se transforme aussitôt en regret. Une énorme tortue vient de remonter juste là au niveau de ses mains, et pour elle, pas le temps de prendre une photo… (c’est un métier….)

 

Nous finissons de préparer nos affaires, palmes, masques, appareils photos, caméras, eau…. et embarquons dans notre dinghy.

 

 

La plage est à environ 7 ou 800 m de Sea you. Nous passons au dessus de récifs coralliens sans voir beaucoup de poissons et accostons sur la plage. Nous tirons l’annexe sur le sable et mettons une ancre par sécurité.

 

Il est proche de 11h et le soleil est assez haut dans le ciel pour que sa lumière traverse l’eau peu profonde, se réfléchisse et nous offre toute une palette de bleus qui contraste avec le sable blanc.

 

 

L’îlot est peuplé d’une multitude d’oiseaux d’espèces, de genres, de couleurs, de tailles, d’âges différents… tout ce petit monde semble cohabiter  harmonieusement, dans une sorte de « vivre ensemble » idéal dont les humains pourraient s’inspirer.

 

Par contre, tous ces oiseaux forts sympathiques, n’ont aucune notion d’hygiène, et ne font pas caca au même endroit… donc en dehors de la plage soumise à la chasse d’eau naturelle de la marée,  le reste de l’île est une sorte de chiotte géant pour piafs à la bonne odeur de fiente.

Dans quelques millions d’années ce sera parfait pour y exploiter le guano (phosphate naturelle - voir article Makatea).

 

 

Depuis l’annexe, sur le chemin, j’avais repéré sur le sable des traces énigmatiques qui me faisaient penser au passage d’un engin à 4 roues genre quad.

Je vais donc voir de quoi il retourne.

Tout de suite j’ai un flash mémoriel d’un ancien documentaire télévisé.

Ce sont des traces de tortues qui viennent pondre dans le sable.

Je suis ces traces qui montent vers le haut de la plage, et je trouve le trou qu’elles creusent pour y mettre leurs œufs.

 

 

 

En observant le lagon, on finit par voir des têtes qui sortent régulièrement de l’eau, et des carapaces qui émergent par endroit.

Je me mets à l’eau avec une caméra et très rapidement je vois une grosse tortue qui approche… je ne fais plus un geste pour ne pas l’effrayer. Je retiens ma respiration et me laisse flotter au dessus de l’eau… elle passe à côté de moi et va vers la plage, là où se trouve l’annexe… Fab est assise dans l’eau et la voit arriver vers elle, frustrée une fois de plus de ne pas avoir son appareil photo, mais elle n’ose pas bouger pour me permettre de filmer.

 

Je la suis doucement… elle monte vers l’annexe, se rend certainement compte que ce n’est pas une congénère,  et fait brutalement demi-tour et repart à tire de pattes dans le lagon..

 

 

Depuis que l’on a repéré les tortues, on en voit partout.

 

Nous revenons dans l’après midi, pour les voir se mettre en attente au bord de l’eau montante pour gravir avec un courage extrême, quand la nuit arrive, la pente vers le haut de la plage.

Nous préférons les laisser tranquilles à cette pénible tâche.

 

Mais nous revenons le lendemain pour voir ce qui se passe vraiment sur cet îlot perdu de la mer de corail.

 

On aperçoit des carapaces franchement au dessus de l’eau… bizarre…

mais!!  il y a une autre tortue en dessous!!!!. Ohhhh my God…. They have sex!!!!

 

NOUMEA - KUPANG via TORRES
NOUMEA - KUPANG via TORRES

Et oui les tortues baisent dans l’eau, et ça y va…

En fait, on se rend compte qu’il y en un peu partout… c’est un vrai baisodrome ce lagon..

 

c'est en arrière plan que ça s'échauffe...

 

J’enfile… mon masque pour voir cela de plus près, j’ai toujours aimé la vie des bêtes…

 

Je m’approche vers un couple en pleine action, et quelle surprise!!! Il y a d’autres spectateurs…

3 tortues sont venues mater, ou attendent leur tour pour un gang-bang spécial… on se sait pas…

 

Intrigués par ce nouveau visiteur les trois animaux aquatiques viennent vers moi… me prennent-elles pour un des leurs, pour une nouvelle espèce de tortue ?

Instinctivement je mets la main en protection sur cet appendice pénien qui m’est cher, vous imaginez bien que sur cet îlot désert on a même pas imaginé prendre un maillot !!!

 

Ces tortues voyeuses, ont-elles été émoustillées par ce spectacle de copulation? Sont-elles sur le point de sauter sur le premier baigneur innocent venu? Le bec qui leur sert de bouche pour arracher les algues inquiète sur leurs intentions de tortues en chaleur…

 

Toutes ces questions défilent à toute allure dans ma tête, mais n’écoutant que mon courage je continue l’observation…

 

 

Rassurée sur leurs intentions, Fab me rejoint, pour une découverte de la vie sexuelle des tortues marines.

 

 

Il faut bien avouer que cet atmosphère chargé en phéromones divers et variés, fini par faire naître en nous le syndrome du Copycat.

C’est donc tout naturellement et avec un total dévouement que nous décidons d’éduquer ces mammifères marins sur le mode de reproduction des humains.

En fait nous n’avons rien à leur apprendre, ce serait plutôt l’inverse…

 

 

 

De retour au bateau, déguster pendant que le soleil tire sa révérence le célèbre cocktail  « sex on the beach »  aurait été un « must » de circonstance, après cet après-midi torride, mais comme vous le savez nous ne buvons pas en navigation… on remettra cela pour une autre fois.

 

NOUMEA - KUPANG via TORRES
NOUMEA - KUPANG via TORRES
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C’est la queue entre les jambes, qu’Eole, qui en a terminé avec ses infidélités, revient souffler dans nos voiles en ce petit matin ensoleillé.

 

Cap sur le célèbre et tant redouté par les marins d’antan, détroit de Torres.

Nous ne choisissons pas la route la plus empruntée, car c’est celle de la grande majorité des cargos, et elle est plus longue. Il faut d’abord remonter au nord près de la Papouasie pour emprunter le « Bligh passage » pour redescendre au sud vers Thursday Island en haut de l’Australie.

 

Nous choisissons nous, d’entrer dans la Grande Barrière de corail, au niveau de Raine Island, de naviguer dans cette sorte d’immense lagon et d’emprunter l’Endeavour strait.

La différence est de presque 120mn et la promiscuité avec ces cargos pollueur d’air ne fait pas partie de nos valeurs.

 

Il nous faut 4 jours pour voir au loin, vers midi de ce 8 octobre, la tour qui surplombe l’île de Raine.

Le vent ne nous a jamais fait défaut depuis notre départ du lupanar à tortues et il est prévu qu’il continue de nous pousser allègrement vers la sortie du Pacifique.

 

La route que nous allons prendre de nuit est normalement sans danger. Des bateaux avant nous, (amis ou trouvés dans des blogs) l’ont empruntée de jour avec 2 escales et selon eux, cela ne poserait pas de problème de la faire dans la noirceur.

 

Ayant bien vérifier sur mes cartes, j’ai estimé pouvoir essayer cette option. D’autres l’on certainement déjà fait mais je n’en ai pas trouvé les récits. Je considère donc pour au moins cette année que nous sommes les premiers à entreprendre ce passage sans escale et de nuit.

Pleine lune

 

La question qui émerge maintenant dans votre esprit comme des tortues copulant dans un lagon bleu, ne connaîtra jamais la jouissance d’être traduite en mots, puisque je ne suis pas devant vous.

Mots, façonnés par votre langue humide qui lèche méticuleusement les sons de vos cordes vocales. Ils coulent ensuite sur vos lèvres soyeuses pour former une phrase interrogative compréhensible par votre interlocuteur, « POURQUOI CE CHOIX??? »

 

(Même cette description du passage de la pensée au verbe peut révéler une forme de sensualité…)

 

Cette question est pourtant légitime et je vais y répondre avant que ce trouble qui est en train de vous parcourir l’échine, ne vous fasse oublier ce que vous êtes en train de lire.

 

Les escales possibles sont au nombres de cinq.

3 sont sous le vent d’un récif immergé, donc, c’est un peu comme s’arrêter en plein milieu de la mer, il n’y a que de l’eau.

Les 2 autres sont proches de minuscules îlots, mais loin de l’entrée dans la grande barrière ce qui veut dire qu’une navigation de jour ne suffit pas pour y arriver, il faut faire un arrêt avant dans un mouillage à mi-chemin.

 

Le vent depuis 24 heures souffle aux environs de 20 nds et il est prévu qu’il se renforce encore dans la nuit autour de 25 nds. Ce qui veut dire que le lagon sera agité avec des vagues courtes qui peuvent se creuser fortement. Il est fort probable qu’elles passeront en partie au dessus des récifs, surtout à marée haute. Les mouillages seront donc au mieux inconfortables, au pire stressants car en plus les fonds sont très coralliens.

 

C’est pour cela que je considère que l’option navigation de nuit est la meilleure, et elle nous fait gagner une journée.

De plus je sais qu’il y a un bon mouillage à la pointe nord de l’Australie où nous pourrons nous reposer.

 

Car en effet si cette navigation de nuit ne pose pas de problème, la vigilance est quand même de rigueur, et il n’est pas question de se laisser subrepticement enlacer par les bras toujours accueillants de Morphée.

Notre route, globalement dans la même direction, nord-ouest, passe entre des récifs et des hauts fonds qu’il faut éviter. Ce qui oblige à fréquemment changer le cap de 5 à 20 degrés. Mais surtout, avec les marées, il y a des courants qui nous dévient de notre cap et il faut compenser pour coller à la route prédéfinie comme « sans risques ».

Rien de compliqué, mais comme un enfant qui commence à marcher, il faut constamment surveiller.

NOUMEA - KUPANG via TORRES

Ce matin le soleil est plus que timide, il s’est caché derrière des paquets de nuages gris. L’air chaud, saturé d’eau, crée une sorte de brume légère qui humidifie tout sur son passage. Les coussins sont poisseux, le pont glissant, la barre collante, la peau est moite.

On commence à apercevoir l’île Albany qui masque encore le cap York. Ce cap est la partie la plus au nord du continent Australien.

Sur bâbord l’île du mont Adolphus apparaît à son tour, c’est là que nous allons aller nous mettre à l’abri des vagues, dans la baie de Blackwood.

 

 

Nous jetons l’ancre par 7 m de fond, pour un excellent mouillage sur fond de sable et boue compacte.

Il est 9h du matin, nous ne repartirons pas avant demain matin avec la marée montante, la journée  est à nous!!!

Enfin si on peut dire.

Car après un petit déjeuner partiellement réparateur, il est absolument nécessaire que je permette à toutes les cellules de mon corps de se régénérer en plongeant la tête la première dans le sommeil.

C’est ce qu’elles font pendant trois heures.

 

Pendant ce temps Fab met une casquette de « technicienne de surface » et nettoie tout le bateau pour le préparer pour la suite de la navigation.

 

A peine réveillé, j’entreprends de démonter la pompe à pied à eau de mer, qui fuit de plus belle. Nous avions constaté ce problème à notre arrivée sur le « fornication islet ». J’avais fait une réparation de fortune, mais elle n’a pas tenu.

Il y a une fissure dans le caoutchouc d’une des valves. J’avais mis un morceau de « flextape » sur un côté mais ça n’a pas suffit.

Cette fois ci j’en mets un de chaque côté et en plus je colmate la fissure avec du Sika I291 ( spécial bateau).

Pour l’instant cela fonctionne, mais il faudra absolument que l’on se fasse livrer les 2 valves à Bali.

 

Ensuite je dois trouver une nouvelle idée pour empêcher l’usure de mon écoute de génois sur le tangon. Une gaine en Dyneema n’ayant pas suffit, j’ajoute un tuyau en plastique renforcé.

 

L’envie de nous laver à grande eau, de prendre une douche fraîche pour abaisser la température de nos corps qui monte en même temps que celle de l’air qui nous entoure devient obsédante.

 

Encore une tortue dans le fond de la baie

Encore une tortue dans le fond de la baie

Vous pensez alors mais pourquoi ne vont-ils pas se baigner, eux qui sont toujours tout nus dans l’eau?

 

Et bien, ce coin de l’Australie est un peu flippant question lagon.

Vous le savez par nos films et photos, nous n’avons jamais eu vraiment peur des requins en Polynésie ou à Fidji.

En Nouvelle Calédonie, un léger frisson d’inquiétude a commencé à faire son chemin dans notre cortex gauche, celui qui gère les décisions.

il y a eu quelques attaques ces derniers temps notamment sur des kitesurfeurs et des baigneurs dans des endroits très fréquentés comme la baie des citrons. Quelques uns se sont même fait bouffer tout cru.

Cela ne nous a pas gêné plus que ça puisqu’on trouvait qu’il faisait trop froid pour nous baigner.

 

Mais là, ce n’est pas pareil, on est au pays « des dents de la mer », du grand Blanc, le requin tueur. J’ai lu récemment le récit d’un voilier au mouillage dans la grande barrière qui fut le témoin d’un gars qui s’est fait croqué en nageant autour du bateau, il n’a pas survécu à ses blessures.

 

Et c’est pas tout, par ici il y a les crocodiles de mer, les plus redoutables et les plus agressifs, ils peuvent atteindre 6m de long. ( un spécimen de 10 m à été capturé en Inde)

 

 

Puis il y a les méduses cuboïdes, que l’on trouve dans le nord de l’Australie, petites mais extrêmement douloureuses, nous a prévenu notre ami médecin Xavier.

 

 

Et pour terminer, si vous n’êtes pas en train d’hurler de douleurs à cause des méduses, de pleurer des larmes de crocodile parce qu’il vous a bouffé une jambe, ou que votre bras s’agite nerveusement dans l’estomac d’un requin, il reste les serpents de mer pour chanter haut et fort «  plus près de toi mon Dieu… »

 

 

On croisera le lendemain, un de ces reptiles près du bateau en passant entre des îles, il avait une tête « patibulaire » mais presque…. ( Coluche encore lui…)

 

Et heureusement que l’on ne va pas à terre car là, ce sont les araignées qui vous attendent et un bon nombre sont mortelles.

 

Cet endroit, quoi que magnifique recèle une nature franchement inhospitalière.

C’est donc avec une nostalgie certaine que nous contemplons cette eau fraîche qui nous tend les bras comme la faucheuse.

 

Pour nous laver, nous nous arrosons avec des seaux d’eau de mer puisés dans le lagon. Nous nous shampouinons généreusement de la tête aux pieds, puis de nouveau je verse ce liquide salé sur Fab pour la rincer.

Afin de me démontrer que je suis encore capable de surmonter mes peurs, je fais un rapide aller/retour dans l’eau pour me rincer, non sans avoir scrupuleusement observé le lagon avant. Ce n’est pas non plus un moment de bravoure qui fera date dans l’histoire de l’héroïsme!!!!

 

Fab réussira quand même à se faire piquer par un truc invisible dans l’eau d’un des seaux…

 

Pour terminer ce grand lavage, nous nous rinçons à l’eau douce, afin de nous dessaler. Mais nous devons l’utiliser avec parcimonie, car une erreur de fermeture de robinet dans une salle de bain la nuit, nous a malheureusement fait perdre un demi réservoir d’eau. ( environ cent litres)

NOUMEA - KUPANG via TORRES
NOUMEA - KUPANG via TORRES

Au petit matin du 10 octobre, vers 6h30, nous levons l’ancre après avoir mis en place la grand voile au mouillage. Aujourd’hui, nous quittons définitivement la zone pacifique.

Le ciel est chargé de gros nuages menaçants, mais beaucoup plus clairsemés que la veille. Certains, gris foncé, sont gorgés d’eau comme une vessie pleine qui n’attend plus que le bon endroit pour se soulager.

Le vent souffle encore généreusement sur le détroit, et nous devrions pouvoir franchir cette frontière naturelle entre deux océans assez aisément à la voile, d’autant que nous devons avoir le courant avec nous.

 

Justement le courant…

Dans toute la littérature que nous avons lue, il est indiqué, qu’il faut partir au moment où la marée est basse. L’eau monte du Pacifique pour se déverser dans l’Indien.

Et bien, nous avons du courant contre nous tout le temps et notamment lors des passages les plus importants, quand il s’amplifie, comprimé entre deux îles.  Heureusement que nous avions du très bon vent ce qui a permis de compenser ( j’y reviens plus en détails dans la rubrique conseils aux marins)

 

En début d’après midi nous entrons dans la mer D’Arafura, qui marque la sortie du détroit.

 

Pendant ce périple, depuis notre entrée dans la grande barrière au niveau de l’île de Raine, jusqu’à notre sortie du détroit dans la mer d’Arafura, l’ABF (Australian Border Force) ne nous a jamais contactés. Contrairement à nos amis, passés un mois avant, qui ont fait l’objet de toute l’attention de l’ABF.

La raison est peut être parce que je les avais contactés un mois avant pour les informer de notre passage possible à cette période. Nous nous étions enregistrés dans leur système, ils se sont certainement dit que tout était ok.

passage entre les îles de l'Endeavour strait

passage entre les îles de l'Endeavour strait

entrée dans la mer d'Arafura

entrée dans la mer d'Arafura

Les deux premiers jours dans cette nouvelle mer sont excellents, du vent et pas de vagues.. un vrai bonheur…

Mais depuis le vent est cruellement tombé et on se traîne lamentablement.

Eole ne nous fait pas une nouvelle petite infidélité comme cela lui arrive souvent, non cette fois c’est plus sérieux, il a pris ses cliques et ses claques et il est parti, il nous plante là au beau milieu de la mer d’Arafura.

Notre moyenne journalière est presque divisée par 2.

 

Et plus on se rapproche de l’équateur, plus il fait chaud. Le thermomètre dans la cabine indique aujourd’hui 32,6°.

On a réouvert les grandes eaux de notre château de Versailles intérieur. Une eau, au goût légèrement salée, sort par tous les pores de notre peau. Les gouttelettes grossissent, s’unissent et s’organisent. Attirées vers le bas par la gravité elles commencent leur descente en petits ruisseaux qui trouvent leur chemin en suivant le relief de nos corps. D’un coté, l’eau s’écoule dans la nuque et sous les bras, poursuit son chemin dans le creux du dos le long de la colonne vertébrale et emprunte le Grand Canyon de la lune.

De l’autre, elle ruisselle sur le visage et dans le cou, emprunte la vallée entre les deux collines mammaires, tourne autour du nombril en le remplissant, suit la pente naturelle vers le bas du ventre pour chercher une voie de sortie par le sillon vulvaire ou au bout de la péninsule phallique.

 

Aucun vêtement ne faisant obstacle à ce processus, elle jaillit un peu partout autour de nous en laissant sur le teck du pont brûlant, des tâches éphémères qui s’évaporent en quelques instants,

 

Chaque effort déclenche une nouvelle fontaine de transpiration.

On est obligé de se réhydrater en buvant des litres et des litres d’eau. On en avait un peu perdu l’habitude depuis notre séjour en Nouvelle Calédonie…

NOUMEA - KUPANG via TORRES

Nous venons enfin de décider véritablement où nous allons.

 

En Indonésie bien sûr, mais c’est immense l’Indonésie, ( 2800mn, 5200 km d’Est en Ouest) c’est un peu comme dire, on va en Europe… Ok mais en Norvège ou en Grèce… c’est pas vraiment la même chose….

 

Le plan initial était d’aller sur Sorong pour faire notre « clearance » d’entrée dans la région du Raja Ampat. Mais cela nous fait remonter très au nord, et il faudra redescendre toute l’Indonésie pour en sortir par Sumatra.

 

Tout cela va prendre trop de temps.  En plus l’Indonésie étant sur l’équateur, son vent est réputé être capricieux et souvent inexistant.. ce que nous constatons déjà aujourd’hui.

Nous aimerions être en Malaisie pour les fêtes en décembre. Puis en fonction des ouvertures de pays, nous diriger vers le Sri Lanka et l’Inde pour être vers Djibouti et en mer rouge en mars.

On a encore de la route, et on ne peut pas trop trainer.

NOUMEA - KUPANG via TORRES

Donc comme le capitaine Bligh avant nous en 1789, nous arriverons à Kupang sur l’île de Timor. Il y accosta après 43 jours de mer dans une chaloupe avec 17 marins du Bounty qui n’avaient pas participé à la mutinerie.

 

Nous suivrons donc ses traces, même si nos navigations n’ont absolument rien de comparable.

Depuis la lecture du récit de sa traversée, j’ai de plus en plus d’admiration pour ce capitaine incroyable qui réalisa certainement là un des plus beaux exploits de mer de toute l’histoire maritime.

 

Rallier les îles Tonga à Kupang,  (3618mn) dans une chaloupe de 23 pieds non ponté, avec au départ 18 hommes, juste un sextant, très peu de nourriture, et sa mémoire de lieux visités précédemment quand il était au service du Capitaine Cook.

Ayant perdu un marin qui s’est fait tué lors d’une escale sur une île des Tonga, où ils cherchaient de la nourriture, ils firent la traversée presque sans escale ( excepté  trois îlots dans la grande barrière de corail). Ils arrivèrent vivants mais dans un état de faiblesse et de délabrement extrême et ne durent leur salut qu’à la ténacité, la combativité, et la volonté hors du commun du capitaine Bligh.

Je vous conseille la lecture de ce livre incroyable  - « Dix-neuf hommes contre la mer - l’odyssée de la Bounty » de C. Nordhoff et J.N. Hall - ed: Phébus libretto.

 

NOUMEA - KUPANG via TORRES

Ce matin en allant manœuvrer sur le pont, je trouve un petit boulon qui a miraculeusement échappé à la noyade. C’est le sort qui attend généralement toutes les choses qui tombent sur le pont, rebondissent et finissent irrémédiablement à l’eau.

Tout de suite mon esprit est aux abois, d’où provient ce petit boulon??? Il est au pied de l’enrouleur de trinquette, alors je commence mes recherches ici même. Il me faut moins de 3 minutes pour trouver d’où s’est échappé l’individu. Je constate qu’un autre boulon manque à l’appel 20 cm plus bas sur le tube où s’enroule la voile. On dit toujours que sur un bateau tout se desserre avec le temps et les vibrations.

 

Je remets en place immédiatement les 2 boulons manquants ( j’en avais en stock) en ajoutant du « frein-filet » une sorte de colle spéciale pour justement empêcher les boulons de se dévisser.

 

 

Nos journées se déroulent toujours un peu sur le même thème…

La matinée est consacrée, aux travaux éventuels d’entretien de Sea yoU, à la prise de Météo par téléphone satellite et aux courriers pour donner des nouvelles à droite à gauche à la famille et aux bateaux copains, à l’écriture du blog ou à la lecture. Puis vient le moment du déjeuner toujours très attendu… j’ai faim en mer!!! (Ailleurs aussi dit Fab… il a tout le temps faim…)

 

Ensuite l’après midi commence généralement par une bonne séance de « cinéma » , 2 ou 3 h quand même… il faut bien passer le temps. Ensuite il y a un nouveau moment lecture qui se prolonge par un « drink » sans alcool en écoutant assez souvent un podcast des « grosses têtes » de Laurent Ruquier.

Puis c’est le moment du dîner. On se couche généralement assez tôt vers les 21h. Je me réveille toutes les 30 à 40mn pour vérifier que tout va bien et cela jusqu’à 3, 4 heure du matin. Et c’est Fab qui prend le relais pour la fin de la nuit.

NOUMEA - KUPANG via TORRES

L’ABF se réveille et depuis 3 jours, tous les matins leur avion genre ATR vient nous survoler en rase-motte. Le premier jour nous avons eu droit à un appel radio pour nous demander où nous allions, mais depuis ils se contentent juste de surveiller si nous prenons bien la bonne direction.

En fait nous sommes toujours dans les eaux Australiennes, mais maintenant dans la juridiction de Darwin, où nous ne pourrons malheureusement pas aller… ( fuck the covid)

 

Ce matin vers 9h nous attrapons un magnifique petit thon parfait pour 2 repas. Ils n’arrêtaient pas de nous narguer en sautant comme des cabris autour de nous donc ils ont fini par nous faire fantasmer sur un tartare ou un sashimi… et on a mis la ligne.

Il faut avouer que depuis Fidji nous n’avons rien pêché… le plus souvent parce que je n’ai pas envie de « taquiner le goujon ». Quand il y a un bon vent, Sea yoU bouge dans tous les sens et ramener et dépiauter la bête généralement autour de 10kg est compliqué, alors on s’en passe..

 

A midi il est tranché en fine lamelles et Fab a fait son excellente sauce ( recette tahitienne à base d’huile de sauce huître et de soja) pour accompagner ce plat japonais.

 

Vers 17 h, l’un et l’autre commençons à nous trouver un peu lourd, voir un peu nauséeux..

«  moi, je crois pas que je vais manger ce soir » me dit Fab

«  moi non plus » je lui réponds avec un haut le cœur…

 

Et c’est votre serviteur, qui commence les festivités, en déposant une gerbe dans l’évier de la cuisine en l’honneur d’un plat supposé le plus sain du monde après les carotte râpées…

 

Puis commence l’épreuve phare de l’émission culte  « Gastro  Lanta », celle que l’on ne vous montre jamais sur le petit écran. Les deux équipes doivent remplir les toilettes ou le lavabo uniquement avec ce qu’elles expulsent de leurs orifices. La première qui réussira à boucher l’un ou l’autre remporte le Totem… et sera immunisée au prochain conseil… Une longue épreuve de presque 12 h.

And the winner is ????… vous me connaissez, j’ai trop de pudeur pour aller plus loin!!!

 

Après avoir suspecté le malheureux poisson qui ne pouvait pas être plus frais ( mais justement), mes soupçons se sont portés sur la sauce huître. C’est une sauce excellente, mais son nom évoque quand même quelque part, l’idée des pires intoxications aux fruits de mer. Quoi de mieux qu’une huître avariée pour rendre à César tout ce qu’on a dans le ventre.

 

 

En inspectant la bouteille, Fab vient de s’apercevoir qu’elle est périmée depuis un an … pas besoin d’être Mary Higgins Clark pour trouver le coupable…même si elle est toujours restée au frigo.

 

accusé à tord...

accusé à tord...

Nous entrons maintenant dans la mer de Timor. Une nouvelle mer mais toujours pas de vent.  Cette nuit nous avons pu mettre les voiles pendant 4 heures, en tangonant  le génois sur tribord et en plaçant le Geenaker sur bâbord.

 

C’est comme un magnifique papillon géant venu se poser à l’avant de Sea yoU.  Les feux de navigation vert et rouge sur chaque bord éclairent en dégradé la toile tendue de chaque aile, et la lune presque pleine ajoute sa lumière métallique pour renforcer le côté fantasmagorique.

Si on se prête à la rêverie, on est dans un autre monde, proche d’Avatar.

 

 

Maintenant la mer est comme un miroir géant sur laquelle les cieux peuvent admirer leur infinie beauté.

 

Nous devrions arriver dans deux jours, et l’on sent comme une sorte d’effervescence inconsciente.

Nous aurons mis 27 jours pour parcourir cette traversée de 2727mn ( 5050km). Pas un exploit en soi, puisque nous nous sommes arrêtés deux fois.

Nous commençons à ranger plus consciencieusement Sea You, nous relisons les guides qui décrivent l’arrivée sur ce port mythique, nous cachons les bouteilles de vin au cas où les  douanes seraient inquisitrices… bref nous basculons doucement dans une autre énergie, celle de la terre.

Je relis en détail le récit du Capitaine Bligh, pour tenter de voir avec ses yeux l’approche de Kupang. Nous sommes «  raccord » pour l’aspect global de l’île qui n’a guère changé, mais dès que l’on entre dans les détails, il faut oublier ce que l’on voit, et se laisser porter par des songes qui transcendent le temps et l’espace. Le mieux est de fermer les yeux, les vaisseaux hollandais, et les vieux bâtiments coloniaux sur les collines au milieu des palmiers commencent à apparaître…

 

 

C’est le 21 octobre vers 10 h que nous mouillons notre vaisseau dans la rade de Kupang. Deux galions de commerce hollandais au service du Stathouder Guillaume V sont en train de charger des ballots de jute dans lesquels sont compactés des morceaux de bois de Santal qui seront revendus dans le port d’Amsterdam. Ils permettront de faire une huile odorante qui servira à la confection de savons parfumés, d’onguents pour l’embaumement et de remèdes contre les bactéries.

Mais ce sont les épices qui constituent le plus gros de la cargaison, ce sont elles qui remplissent les caisses de la VOC,  ( compagnie unie des Indes orientales) qui contrôle la région. Le poivre, la muscade, le girofle exultent leurs parfums suaves qui glissent sur la mer jusqu’à nos narines qui s’émerveillent de tant de nuances olfactives.

Les ballots et les caisses sont chargés sur des chaloupes qui se dirigent à la rame vers les imposants navires bataves qui attendent patiemment pour lever l’ancre et se diriger vers Le Cap en Afrique du Sud.

Ce sont des porteurs malais qui assurent cette tâche éreintante. Ils sont reconnaissables par les étoffes colorées qu’ils portent sur leur tête, leur teint basané, et l’extrême maigreur naturelle de leur corps qui ne permet pas de soupçonner la force dont ils sont capable.

 

Le Gouverneur de la ville Mr Van Este ne pourra pas nous recevoir pour faire notre entrée dans la ville car son état de santé l’oblige à garder le lit. C’est son secrétaire Mr Wanjon, un homme charmant et délicat, qui s’occupe de nos formalités. Pour honorer notre présence, Il s’est cru obligé de porter une perruque de cheveux blonds enroulés sur eux mêmes qui doit être pesante et tellement chaude sous ce soleil..

 

 

« Bab!!! Bab!!! » je reconnais cette voix qui vient de très loin et me fait brutalement revenir à la barre de Sea yoU…

« Oui…  qu’est ce qui se passe? »

«  on mouille à quelle profondeur??? »

 

« Euhhh… devant la frégate Hollandaise… »

 

«  mais qu’est-ce que tu racontes???? »

 

«  oui… 17 mètres… envoie l’ancre, c’est bon…… »

 

 

 

Bon vent

 

Sea yoU soon

NOUMEA - KUPANG via TORRES

CONSEILS aux Marins

 

Le tout premier conseil avant d’arriver en Indonésie est de vous faire faire un tampon au nom du bateau  avec son numéro d’immatriculation et son mmsi. Ils adorent et le mettent partout sur leurs multiples documents administratifs ….

 

Pour quitter la Nouvelle Calédonie, il faut en premier lieu passer à la PAF avec les passeports.

(Avenue Paul Doumer, dans l’immeuble Soprodon, entre les avenues Gallieni et Ferry)

 

Puis il faut se rendre aux Douanes. Se diriger vers Nouville, après la gare maritime, rester sur la droite dans la rue Félix Russeil.

 

Pour finir il faut se rendre avec les papiers à la capitainerie du port autonome pour obtenir le sésame, la clearance de sortie. Pour cela reprendre la route bord de mer et continuer vers Nouville.

 

Je conseillerais également de prévenir un jour ou deux avant le MRCC, car ils nous ont demandé de leur fournir une liste du matériel de sécurité par mail, au cas où ….

C’est ce que nous avons fait par iridium. Si nous avions appelé avant nous l’aurions fait par mail.

 

 

 

CHESTERFIELD

 

Les passes sont larges et sans problème, mais le coin, qui a l’air magnifique, est très mal protégé des alysées d’E - SE, qui soufflent fort de juin à octobre et très fort de juillet à Août.

Comme le lagon est immense il y a un fetch important.

Le seul endroit qui peut être protégé des vagues, se trouve devant les « 3 îlots du mouillage » à l’abri du récif Est. Mais il faut avoir le temps de faire environ 5 miles face au vent, à une bonne heure pour observer le lagon car une partie (2 miles) est hors « chenal sur les cartes ».

Comme nous sommes arrivés trop tard avec 25 nds de vent nous n’avons pas tenté le diable et sommes ressortis de la passe pour continuer notre route.

 

DÉTROIT DE TORRES

 

Nous avons choisi l’option de passer par le nord de l’Australie, et pas par l’entrée traditionnelle des cargos par la « Bligh Entrance »

Nous sommes donc remontés dans la mer de corail en traversant la zone de reefs et islets qui sont sur le chemin ( Diamond islet, trees Chilcott Islet, Moore reef….) jusqu’à la Raine island Entrance.

Il existe un livre très bien sur Amazon qui décrit ce passage «  Ken’s Torres strait passage guide »

notre route

 

Il est très bien fait pour avoir la route à suivre et les mouillages possibles. Plusieurs bateaux amis l’avaient fait avant nous et nous avons adapté notre itinéraire à notre sauce avec d’autres informations.

Le livre mentionne différents mouillages sur la route qui sont sous le vent de « reefs ».

Mais il faut voir qu’ici les marées sont importantes et les reefs souvent sous l’eau, donc on a pas l’impression d’être dans un « lagon » mais plutôt comme en pleine mer… on ne voit rien que de l’eau. Donc les mouillages sont en partie abrités des vagues mais elles peuvent quand même passer au dessus des reefs.

Nous avions des prévisions de 20 à 25 nds de vent arrière.

Donc comme on a eu confirmation par le livre et nos amis que le passage pouvait se faire de nuit, c’est ce que nous avons fait.

Nous avions les points GPS pour toute la route, (que vous trouverez en pièces jointes).

Nous sommes arrivés vers 14 h à l’île de Raine et avons commencé notre route dans la grande barrière.

Au petit matin nous étions au niveau du cap York.

 

La navigation doit quand même être bien surveillée, même si elle ne comporte pas de piège. En effet avec les courant de marées il faut souvent reprendre pour compenser la dérive. De plus la route n’est pas en ligne droite et si elle est globalement dans la même direction, il y a quand même des petits changements à bâbord ou tribord de parfois 15 à 20 degrés.

Nous avions tangoné le génois sur tribord (babord amure) et pris trois ris ( à cause des 25 nds).

Comme cela nous n’avons pas eu à toucher aux voiles de la nuit, le tangon permettant de tenir jusqu’à au moins 40° sur le bord opposé.

Nous avancions quand même entre 6 et 7 nds.

 

Nous n’avons pas mouillé au cap York comme mentionné par le livre, car il ne nous semblait pas assez abrité pour le vent que nous avions. ( le matin on était plutôt entre 25 et 30 nds).

Nous sommes allés en face nous abriter sous le vent de «  Mount Adolphus Island » dans la « Blackwood bay ».

L’endroit était parfait, même si nous avions encore du vent qui passait au dessus des collines, le lagon était calme, le décor sauvage et les fonds de très bonne tenue.

( réf mouillage : 10 38 65 S - 142 38 49 E)

 

 

 

Plutôt que de passer derrière Thursdays Island et de rejoindre la route des cargos, comme mentionné dans le livre, nous avons choisi de passer direct par « Endeavour Strait ».

Il n’y a aucun problème (voir notre route).

 

 

C’est pour ce passage qu’il faut normalement faire attention à la marée pour avoir le courant avec soi. Encore une fois, c’est loin d’être évident en se reportant aux infos de marées données par le logiciel « Imray tide planer », et les tables du gouvernement Australien.

Il faut partir dans les détroits à la marée montante,  ( le pacifique se déverse dans l’Indien). C’est ce que nous avons fait en prenant comme marée de référence celle de Possession Island au début de l’Endeavour Strait, basse à 5h20 et haute à 14h30.

Nous sommes partis vers 6h15 de notre mouillage et avons eu du courant contre tout le temps jusqu’à13h. Parfois entre les îles nous avions jusqu’à 3,5 nds.

Heureusement que le vent soufflait encore fort, ce qui nous a permis de passer en force. Nous avons eu un peu d’effet de mascaret entre les îles, mais rien de méchant.

Donc mon conseil est d’appeler sur la VHF le 16,  les gens du « traffic control » de Thursday Island et de leur demander le meilleur moment pour emprunter l’« endeavour Strait ».

Car une fois de plus les tables n’ont pas rempli leur rôle.

 

Donc globalement une traversée beaucoup plus simple qu’imaginée, surtout quand on lit les récits des navigateurs d’autrefois. Ils avaient des cartes très approximatives, pas de GPS, pas de moteur, rien que leur sens marin, un compas, un sextant et l’observation de l’eau, des étoiles, de la lune….

 

 

Mer d’Arafura

 

Dans la zone indonésienne que nous avons traversée, nous avons rencontré beaucoup de bateaux de pêche qui posent des filets avec balise AIS. C’est assez surprenant, d’abord on voit un écho AIS avec un nom bizarre, puis quelque temps après on en voit d’autres autour, puis il y en a plein partout. Pour différencier le bateau des balises filets il faut regarder le SOG mais c’est pas toujours évident car parfois il s’arrête… bref un beau moment de galère de nuit alors passez bien au large, c’est mieux…

 

Mer de Timor

 

Nous avons eu pratiquement tout le temps un courant favorable, ( de 0,5 à 1,5nds) que la marée faisait peu varier.

On commence à ressentir les courants de marées quand on avance dans le chenal entre Timor et l’île de Rôti.

Et au croisement entre Timor, Rôti et Semau, au moment du basculement de marée nous avons eu un petit épisode de mascaret alors que nous avions pas de vent. Il convient d’être vigilant je pense quand le vent souffle fort ici, car la mer doit vraiment être en vrac.

 

Nous avons croisé quelques « gros bateaux de pêche «  avec AIS qui se dirigeaient vers les hauts fonds plus au sud vers l’Australie.

Puis au fur et à mesure que l’on se rapproche, les bateaux sont plus petits et n’ont plus d’AIS, mais seulement une petite lumière clignotante souvent rouge et bleu à l’arrière.

C’est le moment d’ouvrir les deux yeux…

 

Kupang

 

L’endroit de mouillage indiqué par les guides est généralement à droite du phare blanc près de la rivière par environ 13m d’eau (10 09 63 S - 123 34 33 E)

 

Mais en période Covid, pour une première entrée en Indonésie, il nous fallait un agent qui organisait tout avec les différentes administrations et aussi la quarantaine et les tests. Donc ils nous ont demandé de mouiller près de la jetée pour faciliter l’embarquement et le débarquement des officiels qui viennent à bord, et aussi le ravitaillement.

Nous avons donc mouillé au 10 10 02 S - 123 33 89 E.

C’est aussi l’endroit de repos et de ravitaillement des grandes barques de pêche locale. Il y règne une bonne ambiance avec parfois un mélange d’odeurs de poissons qui sèchent et de gasoil.

 

Pas très pratique pour les dinghy avec la marée. Il faut soit le laisser sur ancre et selon nager pour le récupérer, ou le porter pour le remettre à l’eau, soit le remonter en bord de plage pour l’attacher aux blocs de ciment.

 

Notre Agent est Michael Conny.  Il parle très bien anglais. Il s’est occupé de toute la paperasserie et de toute l’organisation, il a fait des courses pour nous pendant la quarantaine, il nous a prêté un téléphone pour que nous puissions communiquer et a même fait venir sa fille pour nous mettre du data afin que nous ayons internet.

Un peu réticent au début à l’idée d’avoir un agent, nous avons vite compris que la lourdeur, la complexité et la lenteur des différents services auraient été un cauchemar.

Alors aucun regret d’autant plus que l’on avait pas le choix.

Contact:  téléphone local et what’s app : 081339128027

Mail: michaelconny09@gmail.com

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NOUMEA - KUPANG via TORRES
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Une autre espèce de tortue...

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F
Encore une belle rêverie pendant cette lecture qui laisse l'esprit divaguer... C'est vraiment un plaisir de te lire et d'être un peu à vos côtés dans cette aventure. Mille mercis ! Profitez bien de Bali maintenant. Nous vous embrassons.
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F
Merci Fred... oui on est heureux de retrouver Bali... bizzzz
D
C'est moche , el terril de roost ché mieux !
Répondre
F
C'est pour cela qu'on est bientôt de retour... el terril ya qu'sa de vrai...

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