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Sea yoU

Sea yoU

Un bateau nommé DÉSIRS... Voyages, aventures, humeurs, voiles, récits et photos


PANAMA - LES MARQUISES

Publié par Fabienne et Dominique sur 3 Février 2020, 00:06am

PANAMA - LES MARQUISES

Voir la rubrique "conseils aux marins" en fin de l'article

Première semaine du 26 décembre au 2 janvier)

 

C’est toujours étonnant de se réveiller le matin d’un grand événement!!!

Les choses sont à la fois tout à fait normales, comme d’habitude, et en même temps extraordinaires, car elles marquent le début de quelque chose de nouveau, quelque chose qui va marquer votre vie pour toujours.

 

Ce rêve de gamin, faire comme Fletcher Christian, arriver en Polynésie en bateau, va connaître aujourd’hui son aboutissement.

Pour ceux à qui je n’ai pas encore raconté cette histoire, cela remonte à mon enfance, quand je devais avoir 7 ans.

Certainement lors d’un dimanche pluvieux, je regardais le fameux film de l’après-midi.

Ce jour là, c’était « Les révoltés du Bounty » avec Marlon Brando qui était à la programmation.

 

 

Je me souviens encore de l’émerveillement du petit garçon, qui voit ce bateau arriver à Tahiti...

Les pirogues chargées de fruits et de vahinés ne portant presque que des colliers de fleurs, qui viennent à leur rencontre est une image éternellement imprimée dans mon esprit.

 

Cette scène qui peut paraître un peu hollywoodienne, était pourtant très proche de la réalité.

En effet, ayant par la suite lu les récits de voyages de James Cook, ou encore le journal de bord de James Morrison second maître à bord de la Bounty, tous décrivent de la même manière cette ferveur qui accompagnait l’arrivée d’un bateau dans cette île en particulier.

 

Il faut quand même dire que cela ne se passait pas forcément comme cela dans toutes les îles. Cook en a d’ailleurs fait les frais à Hawaï où il fut tué par les indigènes lors de son dernier voyage dans le Pacifique. Blight, capitaine du Bounty était d’ailleurs à ses cotés..

 

Bref, ce film est resté marqué dans un coin de mon esprit, et a été, c’est certain à l’origine d’un certain nombre de décisions et d’actions faites dans cette vie.

 

Partir nous installer à Tahiti en 1983 fut certainement la plus évidente des influences que ce film a eu sur moi de façon inconsciente.

Quand nous avons décidé, Fab et moi, de quitter la France, pour vivre l’aventure de notre vie ailleurs, je ne me suis même pas posé la question de l’endroit où nous pourrions aller, cela ne pouvait être que Tahiti.

 

PANAMA - LES MARQUISES
PANAMA - LES MARQUISES

Et voilà c’est parti, pour cette étape importante de notre tour du monde, rejoindre Tahiti sur notre propre bateau.

 

Mais revenons à notre départ du Panama et de la marina Vista mar...

 

Tous les gens de la marina étaient sur le ponton pour nous dire au revoir... il y avait un monde incroyable...

 

Certains que nous ne connaissions même pas avaient fait des banderoles, pour nous souhaiter bon vent...

 

La directrice de la marina, très originale avait mis un costume traditionnel panaméen, une sorte de jupe courte en dentelle, un haut aux couleurs ethniques des indiens Kuna et des bottes en peau de margouillas.

 

Elle fait partie elle-même d’un groupe folklorique qu’elle avait invité à venir pour l’occasion. Ils avaient emmener avec eux un cracheur de feu, et un dresseur de crocodiles qui claquaient leur mâchoire aux rythmes de la musique de la fanfare du village.. impressionnant...

 

La presse avait été invitée et même notre président Macron était là, car il prenait des vacances à BOCAS Del Toro  pour échapper aux grèves qui paralysent le pays. Nous nous connaissons bien car il va souvent au Touquet avec Brigitte et nous à Berck.. c’est vous dire comme on est proche...

 

Vous y avez cru au début, puis un petit doute est venu vous perturber, et à la fin vous vous êtes dit « c’est quoi ce délire... ».

Cette scène festive servira peut-être un jour pour une adaptation Bollywoodienne

de nos aventures au cinéma...

 

Mais dans la réalité, nous étions totalement seuls au moment de partir et il n’y avait absolument personne pour nous souhaiter bon vent. Excepté Tony un employé adorable de la marina qui était là pour nous aider à détacher nos amarres.

 

La plupart de nos amis sont partis chez eux dans leur pays pour les fêtes, exceptés Karl et Agnieszka, qui malheureusement ont du se rendre à l’hôpital une heure avant notre départ à cause d’un éclat de peinture dans l’œil de Karl.

 

Nous sortons de la marina et voyons s’éloigner les digues de roches tout en rangeant les amarres et les pare battages...

 

PANAMA - LES MARQUISES
PANAMA - LES MARQUISES

J’enclenche le pilote automatique, et dit à Fab

« Tu ne trouves pas que la barre tourne beaucoup »

« Pourquoi, tu penses qu’il y a truc qui ne va pas.. » me répond elle..

« Oui, le loch doit être bloqué... » (Indicateur de vitesse  du bateau)

 

En effet l’indicateur de vitesse du bateau affiche « 00 ».

« On va devoir sortir la sonde qui traverse la coque pour décoincer la roulette qui donne la vitesse »

« ok je prends une bassine et une éponge, il va y avoir encore de l’eau partout » me répond elle. Elle est bien au courant de la procédure car ce n’est pas la première fois que cette foutue roulette se coince...

 

Un banc de dauphins vient nous saluer et nous leur transmettons le bonjour de notre fille Mangaia qui nous l’avait demandé.

 

La nuit s’installe doucement et nous reprenons nos marques. Nous définissons les quarts, cela sera par tranche de 3 h. Mais nous savons bien qu’il faudra au moins 5 jours pour être de nouveau dans le rythme de la vie à bord pour une grande traversée. Il est nécessaire que nos corps s’adaptent au manque de sommeil et aux repos fractionnés.

 

Il est 23h45, Sea yoU avance bien car le vent est là et il glisse sur l’océan avec aisance.

Quand soudain j’entends un claquement sur le pont.

Fab qui cherchait son sommeil, dans tous les coins du bateau, sans le trouver, me dit surprise:

«  c’était quoi ce bruit »

Je ne réponds pas tout de suite car il faut que je trouve et allume ma lampe frontale, qui n’est pas sur mon front.

« Une galère... » je lui réponds après avoir vu le problème.

« Zut.. c’est quoi??? »

« C’est le « lazy bag » qui a cassé »

 

(Lazy bag: toile autour de la bôme avec des cordages qui montent jusqu’au deuxième étage des barres de flèche et qui reçoit la grand voile quand on la réduit ou qu’on l’affale)

 

« Impossible de réparer de nuit, il faudra que je monte au mât demain » j’ajoute, sachant que cela ne sera pas facile, car il faut monter haut.

 

C’est exactement le cas, le lendemain.

La mer est encore forte même si le vent a baissé, et elle remue comme seule la mer sait le faire.

 

J’enfile ma chaise de mât, l’attache à une drisse, et me sécurise sur une autre, afin de me garantir en cas de rupture de cordage ou si Fab en a marre de son capitaine....

 

Je n’échappe pas à un:

« Fais attention... quand même... tu es sûr que tu veux y aller? »

Dès que je quitte le cockpit et que je vais faire des acrobaties à l’avant, Fab est toujours un peu en stress...

 

Je lui réponds:

« On y va... prépare toi à me monter » ( au winch électrique, je vous rassure...)

 

Je suis à peine soulevé de quelques mètres que me voilà projeté violemment sur le côté.

J’ai largement sous estimé la force engendrée par le déplacement du mât.

 

Je m’accroche plus fort, parvient à ramener le cordage cassé et redescend le plus vite possible. Je range tout mon matériel d’ascension et revient sur le pont, et là je m’aperçois que je n’ai pas passé le cordage au bon endroit, il faut que je remonte... et oui la fatigue et le stress de l’ascension troublent l’esprit. Cette fois tout est ok...

 

PANAMA - LES MARQUISES

La nouvelle drisse de grand voile que je viens d’acheter à Panama ne me satisfait pas, mais je n’avais pas vraiment le choix, ils n’avaient rien...

Elle est trop élastique et je n’arrive pas bien à tendre la voile. En désespoir de cause je cherche dans mon coffre à cordage un plan B qui pourrait faire l’affaire et je découvre une magnifique drisse toute neuve, achetée en France avant de partir et dont Fab et moi ne nous souvenions absolument plus, on l’a pourtant achetée ensemble... je la pose immédiatement...

 

Nous descendons dans une grosse bulle de vent de nord qui traverse le Panama au niveau du canal par le lac Gatun. A cet endroit le relief est moins haut et laisse passer les vents des Caraïbes. Mais cette bulle s’arrête environ à 100 miles des côtes, puis c’est un vent sud du pacifique qui souffle.

 

Nous descendons donc très facilement vers le sud poussé par ce vent du nord.

Donc, je me laisse porter par Eole en dépit du fait que cela nous éloigne de ma route initialement prévue pour passer au nord des Galápagos.

Ce vent nous amène vers la minuscule île de Malpelo et je me dis que l’on peut aussi bien passer par le sud, car de toute façon on a le vent dans le nez quoiqu’on fasse.

 

Sauf que la fatigue certainement des premiers jours de navigation, me fait sortir de l’esprit la mise en garde que m’avait fait Richard, un ami québécois de ponton sur les courants très importants qui sévissent dans ce coin là.

 

Grave erreur....

Les courants ont, de plus,  un fort coefficient ces jours ci, et du vent de sud assez fort entre 15 et 20 nds était annoncé.

Les bretons connaissent bien l’effet effroyable du vent contre le courant,

En plus nous sommes face au vent, donc dans l’obligation de tirer des bords pour progresser...

 

Nous nous faisons brasser sévère dans tous les sens pendant 48h.

Le vent est accompagné d’une succession de grains qui en plus de nous détremper jusqu’au os, empêche toute forme de visibilité.

La mer est infernale, car elle n’a plus de rythme ni de sens.

Les creux sont énormes et les crêtes de vagues déferlent en écume rugissante.

Sea yoU cogne sur ces paquets d’eau comme sur du béton, dans un fracas qui nous fait trembler pour lui.

Dans une manœuvre le côté réparé du lazy bag casse à nouveau, puis c’est l’autre côté qui lâche... je vais sur le pont pour sauvegarder ce qui peut l’être.

 

Puis en voulant réduire la trinquette (voile d’avant plus petite que le génois) la sangle de l’enrouleur casse elle aussi, impossible d’enrouler la voile sans aller à l’avant.

 

J’essaie de mettre en fuite (d’aller avec le vent et les vagues pour réduire les contraintes), mais la mer n’ayant aucun sens et le vent tournant régulièrement, cela ne sert pas à grand chose si ce n’est repartir en arrière.

 

Difficile de récupérer dans de telles conditions. On se repose plus que l’on ne dort donc le corps et l’esprit se fatiguent petit à petit.

Il faut aussi ne pas se laisser surprendre par les nausées qui peuvent arriver si l’on oublie de manger ou de boire

 

Le moral du capitaine en second a du mal à résister aux tentations dévastatrices du mental qui font toujours entrevoir le pire.

 

Je connais bien la manière de procéder du mental, après des années de méditation. Donc je gère le mien du mieux que je peux, en lui laissant le moins possible de failles dans lesquelles il pourrait s’engouffrer.

Et en même temps je dois désactiver les attaques du mental de Fab, en refermant les entrées  qu’elle laisse ouvertes et où il s’insinue.

Je m’évertue donc à la rassurer, et à lui montrer que tout cela au fond n’est pas si grave...

Avoir eu un grand-père qui est resté 2 ans à Verdun sous les bombes incessantes, dans la chaleur d’été torride et le froid extrême des hivers de l’est, m’aide toujours à penser que ma situation n’est pas si terrible...

 

Et comme toujours après la tempête le calme revient, et même un peu plus tôt que prévu sur ma météo.

Nous nous attendions à passer une nouvelle nuit de galère, mais le vent, les grains et la mer se calment progressivement, allant même à nous obliger à mettre un peu le moteur.

Nous en profitons pour nous reposer, car c’est vraiment le plus important, ne pas laisser la fatigue s’installer trop longtemps. Quand on commence à avoir des hallucinations sonores et visuelles, il est vraiment temps de dormir.

 

 

Connaître cet épisode difficile dès le début de notre TRANSPACIFIQUE, est aussi une chance pour nous, d’apprécier maintenant, toutes les situations qui se situeront en dessous du niveau de difficultés de ces 48h.

Nous avons mangé notre pain noir... à nous les croissants maintenant...

 

Malheureusement le stress ne vient pas seulement de la mer...

Un soir, en regardant mon contrôleur de batterie, je m’aperçois que le niveau de charge est faible.

 

Il est vrai que nous sommes globalement un peu faible en puissance de batterie pour fournir la nuit, le courant à tous les instruments et surtout au Frigo qui pompe énormément.

 

J’avais prévu dans mes prévisions de gasoil, de faire une heure de moteur chaque nuit pour aider mes batteries quand le soleil est avalé par l’océan.

 

Normalement nous tenons jusqu’à minuit et après avoir fait tourner le moteur 30 à 45 mn, nous pouvons attendre le lever du soleil et de ses rayons pour refaire le plein d’énergie avec nos panneaux solaires.

 

Mais ce soir, il est 20h et mon contrôleur me dit que je suis déjà au delà de la zone critique de charge..

 

« Vite allume le moteur, on est trop bas en batterie » dis-je à Fab qui vient de prendre son quart et prépare tranquillement son emplacement avec des coussins.

 

Elle s’exécute et revient.

« Qu’est-ce qu’il y a encore?... »

«  on a un problème au niveau des batteries, mais je ne sais pas encore lequel.. »

« C’est grave? » me dit elle

«  je ne sais pas, on va voir en les chargeant »

«  j’en ai marre de tous ces trucs qui lâchent » marmonne- t-elle entre ses dents.

 

Après plus de 2 h de charge, le niveau indiqué n’est toujours pas satisfaisant, ce qui est franchement anormal.

 

« Fab! Je crois que nous avons un problème d’alternateur »

« Ahh non, ça va pas continuer!!!! » « c’est certain? » ajoute elle.

« Non, il faut encore que je fasse des tests »

« bon et qu’est-ce qu’on fait si c’est confirmé? Tu en a un de rechange? »

«  non, j’ai un démarreur en double mais pas d’alternateur »

«  ah c’est malin ça, tu aurais dû en acheter un, c’est important les batteries » dit elle sur un ton de reproche...

«  on ne peut pas avoir un bateau en double qu’on traine derrière nous... » je lui réponds.

« Alors qu’est ce qu’on fait? »

 

« Il y a deux options » lui dis-je

« On repart sur Panama pour commander un nouvel alternateur ou on fait la traversé sans Frigo »

« Mais laisse moi encore du temps car il y des choses que je ne comprends pas et qui ne sont pas normales, il faut que je réfléchisse... »

 

Le temps passe, je fais différents tests.. et je suis surpris de voir que l’alternateur envoie bien des ampères. Dans la journée les batteries chargent avec les panneaux solaires..

Le soir alors que le contrôleur de la table à cartes me donne toujours un niveau de charge trop bas, j’ai l’idée d’aller voir ce que dit mon contrôleur de panneau solaire, accessible sur ma tablette.

Je m’aperçois que la tension de mes batteries est correcte.

J’ai donc deux lectures différentes sur 2 contrôleurs différents.

Mais qui dit vrai?

 

Ni une ni deux je vais chercher mon contrôleur personnel qui me sert dans de multiples opérations quand je travaille l’électricité.

 

Je contrôle directement les batteries, et bingo!!! Elles sont chargées correctement..

C’est donc mon contrôleur de table à cartes qui déconne...

Cela ne m’est jamais arrivé depuis que j’ai le bateau....

 

Vous allez pas me dire...!!!!! On aurait pu faire demi-tour pour un simple contrôleur qui fait une crise.

Il n’y a que 2 boutons dessus, j’ai appuyé sur les 2 en même temps, car c’est en général comme cela que l’on fait un « reset » et cela refonctionne à nouveau..

 

Il y a un complot contre Sea yoU, c’est certain. Les forces de l’ombre veulent empêcher notre lumière de briller...

Mais nous résisterons....

PANAMA - LES MARQUISES
On célèbre nous aussi la Nouvelle année

On célèbre nous aussi la Nouvelle année

Nous approchons maintenant de la ligne de l’équateur.

En fait nous sommes parfaitement parallèles à elle à 3 miles au nord, ce qui nous permet de choisir le moment où nous avons envie de la traverser...

On choisit l’heure de l’apéro, car la lumière est plus jolie, et que tradition oblige, il y aura des bulles pour fêter cela. ( une entorse obligatoire à notre traversée sans alcool)

 

 

C’est donc le 2 janvier à 16h27 que nous franchissons la ligne qui nous fait entrer dans  l’hémisphère sud et plus particulièrement dans le pacifique sud.

Je sais que certains se disent, «  c’est tôt pour l’apéro ». Mais il fait nuit à 18h, et il faut que l’on se prépare pour la nuit, alors ce n’est pas le même rythme...

 

Nous débouchons une bouteille de champagne chilien bien frais.

J’arrose la tête de Fab car c’est sa première fois, puis nous donnons sa part à Sea yoU qui le mérite bien, et enfin à Neptune, pour qu’il soit clément avec nous.

 

Enfin nous nous servons deux verres pour fêter dignement ce passage symbolique depuis que les  hommes ont entrepris de voyager sur les océans du globe. Le reste de la bouteille servira pour faire des sauces.

 

Depuis nous avons un temps idéal pour des conditions de près (remonter le vent). Un vent pas trop fort 13 à 15 nds, et une mer plate. Ce qui nous permet de filer sur un seul bord en ligne directe vers les marquises.

Baptème de FAB pour le passage de la ligne
Baptème de FAB pour le passage de la ligne

Baptème de FAB pour le passage de la ligne

2ème semaine du 3 janvier au 9 janvier

 

C’est bizarre, j’ai la sensation que pour moi la traversée du pacifique commence seulement maintenant.

En fait, depuis que nous avons franchi la ligne de l’équateur.

 

Lors de la première semaine, nous n’avons fait que penser à résoudre tous les problèmes techniques qui apparaissaient, les uns derrière les autres, mais aussi à la stratégie pour sortir de cette immense zone formée par le panama, la Colombie, l’Equateur, et de l’autre coté, les Galápagos.

Mais enfin, après sept jours de mer, nous sommes maintenant en position favorable pour avoir en ligne droite “les Marquises”, et peut être même sur le même bord... si les vents restent constants en intensité et en direction.

 

Nous avons trouvé notre rythme de croisière.

Je prends le premier quart à 20h, puis Fab me remplace vers 23h, et enfin je finis la nuit de 2/3 h du matin au breakfast que je prépare vers 7h.

Ensuite, nous sommes très actif jusqu’au déjeuner, (entretiens divers du bateau et de nous-mêmes, prise de météo avec l’Iridium ( téléphone satellite), préparation du repas....

Après le repas, c’est un peu « quartier libre ». On peut faire une sieste, lire dans le cockpit, écrire, écouter un « podcast », Fab fait des bracelets.....

Puis le soir arrive, nous prenons souvent un jus en apéro avec un grignoti et de la musique au moment du coucher du soleil.

 

L'apéro sans alcool du soir

L'apéro sans alcool du soir

C'est Fab qui remplit le livre de bord

C'est Fab qui remplit le livre de bord

Il faut que je vous parle des oiseaux, depuis que nous sommes dans le pacifique..

C’est incroyable, car on n’a jamais vu cela dans l’Atlantique.

Pendant la transat ou nos navigations dans les Caraïbes, parfois un oiseau fatigué venait se poser pour quelques heures afin de reprendre des forces, puis repartait.

 

Ici, dans le pacifique, ils sont vraiment spéciaux. Ils sont culottés, effrontés, kamikazes, sans gêne et sans peur...

D’abord nous avons vu venir un petit oiseau tout mignon, fatigué, qui cherchait un petit abri pour la nuit. Une sorte de croisement improbable entre un rouge gorge et une hirondelle.

Il fut l’objet de toute notre attention et de nos soins amicaux.

Si j’avais écouté Fab elle lui aurait construit une cabane 3 pièces et servi un repas chaud  « pour qu’il soit bien le pauvre petit être à plumes!!! »

 

Mais le lendemain c’est une horde de mouettes qui est arrivée, pour investir les lieux.

Le petit oiseau était il de mèche avec ses gros volatiles? A t il été envoyé en éclaireur? Sa famille était elle retenue en otage pour le forcer à venir espionner pour le compte d’un gang de piaffes... Nous ne le saurons jamais...

Nous, traumatisés par le phénomène des migrants, on s’est dit, on va les garder à bord, on ne  peut pas les chasser, ces pauvres bêtes volantes...

Il y en avait partout, sur l’ancre, sur l’annexe à l’avant du bateau, sur les filières, sur les panneaux solaires, certaines ont même essayé de s’aventurer dans le cockpit... si on avait pas dit « stop » elles seraient venues jusque dans notre lit...

 

Le problème, c’est que ces foutus volatiles ne parlent pas anglais, et du ciel, ils ont donc traduit « Sea yoU » par « toilette public en mer ».

Elles ont une capacité de « cague » phénoménale ces bestioles... Je pense qu’elles se remplissent l’estomac dans la journée et le soir, cherchent un endroit pour se poser, digérer et chier toute la nuit.

 

 

Le matin donc, les panneaux solaires ne pouvaient plus produire, maculés de merde, qu’elles avaient bien étalée avec les pattes, l’annexe et le tangon en étaient couverts également... bref il a fallu nettoyer nos indispensables fournisseurs d’énergie et le reste.

 

Les jours suivant les mouettes ont laissé place à d’autres oiseaux encore plus gros...

Ils arrivent pour l’apéro à une dizaine, puis commencent un jeu rituellique amusant, puisqu’à tour de rôle ils essayent de venir se poser sur l’ancre.

On les regarde faire leur approche, puis leur tentative d’atterrissage... c’est vrai que ce sont vraiment des champions d’acrobaties aériennes et que c’est plaisant à regarder.

Mais une fois ce jeu terminé, ils viennent eux aussi se poser sur notre pauvre Sea yoU.

 

Plus gros piaffes, plus grosses merdes... j’en ai observé un, en une heure il a déféqué 3 fois..

Multipliez cela par environ 7h sur le bateau, et 10 volatiles et vous verrez qu’à ce rythme on va pouvoir ouvrir une usine de phosphate en arrivant aux Marquises.

 

Pour la sauvegarde de notre énergie, je suis obligé de les chasser avec un balai dès qu’ils se posent sur mes panneaux, car à la main ils essaient en plus de nous pincer...

Autant vous dire que ces gentils petits oiseaux mignons... je n’en peeeuuuxxx pluuussss!!!!!!!

 

C’est comme la neige au Québec, au début de l’hiver on trouve cela « tellement beau », en mars on peut plus voir un flocon.

 

Ils ont du sentir mon courroux, car depuis deux jours ils ont disparu...

PANAMA - LES MARQUISES
PANAMA - LES MARQUISES
PANAMA - LES MARQUISES

Fab me dit un jour:

« Il serait temps de pêcher capitaine »

«  mais je ne demande que cela... » je lui réponds en enlevant mon T-shirt...

«  mais non, idiot... des poissons, pour changer un peu du poisson en boîte »

 

J’installe donc la canne et ce petit leurre de poulpe « drag queen » vert et jaune, qui ne nous a jamais fait défaut.

 

Deux heures après, le zeeeeee, du moulinet se fait entendre à tue-tête dans le cockpit...

Mon fil défile à tout allure, je mets le frein au maximum mais cela ne suffit pas, le fil continue de se dérouler...

Je dis à Fab

« Vite il faut ralentir le bateau, je n’arrive pas à stopper le fil »

« On fait quoi? » me répond elle, attendant les ordres de son capitaine

«  on enroule le génois et on relâche la Grand voile »

Aussitôt dit aussitôt fait..

Je retourne à ma canne il reste encore du fil à courir heureusement.

 

Tout doucement je commence à rembobiner le fil..

Je sens que c’est du lourd, les sensations sont différentes...

Une dorade coryphène saute hors de l’eau et reste en surface.

Là, la prise reste sous l’eau, elle essaie même de plonger..

 

Patiemment je le ramène doucement pour ne pas casser ma ligne.

Pendant ce temps là, Fab est bien rodée, elle va chercher le pic et le rhum pour faire mourir le « pichon »dans la joie.

Il apparaît enfin en transparence dans l’eau

«  c’est un thon, j’en étais sûr »

 

 

Je sors légèrement avec la canne ce beau spécimen de plus de 10kg, Fab attrape le fil avec le pic, nous lui offrons gratuitement un rhum cul sec de bienvenue, j’attends qu’il se calme, et hop dans le cockpit.

Je le remercie de nous offrir sa chair, et m’excuse auprès de lui de notre accueil un peu « no future », en tout cas pour lui, bien qu’il continuera bientôt d’exister en nous.

 

Là commence le long travail de dépeçage, pour récupérer tous les morceaux de son corps et faire honneur à son sacrifice.

 

Mais 10 kg est vraiment la limite de ce que nous pouvons attraper, car après cela serait du gâchis et nous mettrait mal à l’aise, par rapport à cet animal qui nous a donné sa vie.

 

Nous n’avons pas de congélateur, aussi il faut tout consommer en 5 ou 6 jours.

Ce qui avec un thon de cette taille, veut dire midi et soir... Fab a dit NON pour le petit dej.

 

Tous les jours nous avons de nouvelles recettes de thon:

  • en steak, mariné à l’huile d’olive, gingembre, citron, herbes de Provence
  • En « choucroute » de la mer
  • En poisson cru à la tahitienne
  • En hamburger
  • En carpaccio avec parmesan
  • En steak avec sa croûte de sésame
  • En morceau avec crème fraîche et citron
  • En hachis Parmentier
  • Cuit à l’eau et mélangé avec mayonnaise ou Philadelphia.

Nous en sommes venus à bout en 6 jours.

 

Je crois qu’elle est pas prête d’ouvrir une boîte de thon... et si je lui demande

«  on peut pêcher », c’est elle qui dira cette fois  « je ne demande que cela » en enlevant son T-shirt.. hahaha!!!!

 

 

Depuis notre départ nous aurons eu 2 jours de portant au début puis 10 jours de près dont 5 au près serré et 2 jours de travers,.. Heureusement Sea yoU est un bateau qui aime le près ( nous avons une quille profonde à 2,10m), et 90% du temps la mer n’était pas formée

 

 

On ne se laisse pas abattre sur Sea yoU
On ne se laisse pas abattre sur Sea yoU
On ne se laisse pas abattre sur Sea yoU
On ne se laisse pas abattre sur Sea yoU

On ne se laisse pas abattre sur Sea yoU

3 ème semaine du 10 au 16 janvier.

 

 

 

Par esprit de contradiction, Eole, qui je crois est une fille, est plus musclé(e) depuis 2 jours. Le vent souffle entre 15 et 22 nds et il peine toujours à s’orienter plus Est à cause je pense d’un anticyclone plus au sud.

 

Nous sommes donc toujours dans une allure de travers légèrement portante.

Les vagues arrivent sur notre flanc et comme la mer s’est levée, elles nous font faire des embardées parfois violentes. Surtout si nous sommes tous les deux sur le bord à la gîte, pour faire à manger par exemple.

 

A l’inclinaison naturelle du bateau sous voile, s’ajoute le poids de nos deux corps, une vague nous soulève, le vent s’engouffre un peu plus dans les voiles, et SeayoU part sur le flanc à toute vitesse... les hublots de coque du carré sont sous l’eau, si un thon passait par là on pourrait lui faire un petit coucou...

Cela dure une petite dizaine de secondes, le temps que le pilote réagisse et donne un coup de barre contraire.

 

Il est certain que globalement le bateau bouge beaucoup à cette allure, ce qui rend la vie quotidienne parfois un peu difficile.

 

Il faut faire extrêmement attention à tout ce que l’on pose, au risque de le voir éjecté ni une ni deux et traverser le bateau.

Imaginez-vous faire la cuisine, en constante recherche d’équilibre sur un sol qui bouge en permanence dans tous les sens...

 

On épeluche une patate, on la pose pour en prendre une autre, oouupps la première a disparu... on la retrouve par-terre... on va pour la ramasser... et hop c’est l’épluche légume qui se fait la malle..  j’appelle Fab pour qu’elle vienne m’aider, je tourne la tête et oups disparue elle aussi... et c’est comme cela à peu près pour tout.. on oublie de bien mettre le loquet d’un placard... et Vlannn,la porte s’ouvre et le placard se vide.....

 

Dans le cockpit, c’est un peu pareil, mais en plus nous ne pouvons plus y prendre nos repas, y lire ou y passer des moments de contemplation car des vagues claquent sur notre travers, le vent chasse l’eau vers nous et nous arrose copieusement

Voilà pourquoi nous sommes toujours attachés dans le cockpit, une embardée plus grosse pourrait facilement nous éjecter du bateau.

 

PANAMA - LES MARQUISES
PANAMA - LES MARQUISES

Vu l’inconfort du cockpit la nuit, les quarts de nuit se font maintenant dans le carré. Comme depuis 13 jours nous ne voyons aucun bateau, et que Fab a besoin de plus de sommeil que moi, j’ai décidé de les faire dans leur intégralité.

Je dors et me réveille toutes les heures pour faire le tour d’horizon et Fab peut se reposer un peu mieux dans la chambre arrière pendant ce temps là.

 

Moi, cela me convient bien et ne me dérange pas du tout, je me rendors presque aussitôt...

Quand, les navires referont leur apparition et qu’il faudra plus d’attention, Fab reprendra du service.

 

Donc pour le moment nous engrangeons des miles, car heureusement on va assez vite. Pendant trois jours Sea yoU n’a pas arrêté de battre ses propres records. Nous sommes allés jusqu’à 173 mn sur 24h, alors qu’on ne le pousse absolument pas de peur de casser quelque chose, et « la nuit on réduit » comme dit le dicton.

 

Ce n’est pas très grave de casser quand on est en Méditerranée ou en atlantique, près de gens compétents et de fournisseurs pas loin, mais au milieu du pacifique, et sans accastilleur à proximité, cela peut vite vous faire attendre des mois au même endroit.

 

Mais je pense qu’en mode « régate », il a un potentiel de plus de 200mn / jour.

 

Vous vous souvenez de cette drisse neuve que j’ai retrouvé la première semaine et que j’ai changé. Et bien en descendant ma grand voile pour la première fois aujourd’hui, depuis ce moment là, j’ai découvert qu’elle était à deux doigts de casser. La partie du cordage qui frotte sur la poulie qui est en haut du mât, était complètement usée.

 

 

Bonjour la qualité de la gaine...

L’ancienne avait 8 ans, et il n’y a jamais eu ce problème...

J’ai donc coupé la partie abîmée et cousu en protection une gaine spéciale pour les amarres.

Ça devrait tenir jusqu’à Tahiti où j’espère en trouver une de meilleure qualité.

 

Nous voyons notre tas de linge sale grossir de jour en jour.

Il est très difficile de faire de la lessive durant une longue traversée, notre eau douce étant comptée puisque nous avons fait le choix de ne pas avoir de désalinisateur.

 

Nous comptions un peu sur les grains pour récupérer de l’eau pour le lavage comme nous le faisons souvent à chaque pluie, mais depuis le 30 décembre nous n’avons pas eu une simple averse, juste parfois quelques gouttelettes...

 

Nous avons donc décidé de ne plus porter de vêtements et de nous habiller uniquement d’espace, de vent et de lumière. ( comme dirait Paul)

 

 

La température est toujours aux alentours de 28°, donc ce n’est pas un problème.

Cela fait du bien à nos fesses cruellement sollicitées pratiquement en permanence.

Et puis on aime beaucoup cela car c’est vraiment très agréable... (sauf pour les manœuvres à l’avant du bateau...)

 

PANAMA - LES MARQUISES

4ème  semaine du 17 au 23 janvier

 

Cette semaine est consacrée au 7ème art.

Le vent est toujours constant et assez fort pour filer jours et nuits sur le Grand Océan...

Le matin est toujours consacré aux tâches du bateau, petites réparations, ménage, météo, courriers...

 

Mais après manger, nous avons le plaisir de nous faire une double séance de cinéma.

2 films sinon rien...

Nous avons sur Disque dur près d’un millier de films que nous regardons très rarement tant nous avons de choses à faire et à voir quand nous sommes en escale.

On a donc décidé d’une nouvelle occupation pour passer le temps de cette longue traversée.

 

Rester si longtemps sans voir le moindre être humain, ni même un signe de son existence sur la terre, puisque cela fait 3 semaines que nous n’avons pas vu un bateau, ni même un avion, est une expérience vraiment intéressante pour l’esprit.

 

Nous avons l’impression d’être sur une autre planète, dans un autre monde, dans un autre univers.

Une terre où il n’y a plus de terre, que de l’eau, partout et toujours... un « water world » sans fin...

Reverrons nous un jour une île? L’humanité existe t’elle encore? Ou sommes nous les derniers survivants d’un cataclysme global qui a tout détruit???

L’imagination est fertile et se développe quand on est seul dans cette ambiance aquatique unique en dehors de tout ce que l’on a l’habitude de vivre.

 

C’est peut être pour cela que cette semaine nous nous tournons spontanément vers le cinéma.

En fait, nous revoyons des êtres humains qui avaient disparu de notre monde et nous les regardons vivre sur l’écran de l’ordinateur une vie qui n’est plus la nôtre.

Les contacts humains et les rencontres nous manqueraient-ils de façon inconsciente?

Cherchons nous à revoir nos frères pour ne pas les oublier?

 

Des poissons volants tous les matins mais moins qu'en atlantique

Des poissons volants tous les matins mais moins qu'en atlantique

Parfois, cette absence de présence humaine, pourrait nous faire perdre notre vigilance.

 

A quoi bon sortir toutes les 20 minutes pour vérifier sur les 360° du cercle qui notre univers terrestre visible, s’il n’y a jamais un bateau en vue, quand on ne voit jamais personne.

 

Il faut alors se faire violence, pour continuer à appliquer nos propres règles de sécurité, surtout la nuit.

Je me souviens que lors de ma troisième transat, nous n’avons croisé qu’un seul voilier au milieu de l’Atlantique, et il était en ligne de collision.

 

Néanmoins j’ai assoupli la règle des 20mn, car les cargos ont l’AIS et nous aussi, donc ils nous voient et généralement adaptent leur cap, ( ils n’ont aucun intérêt à nous couler, tout étant enregistré).

 

Si c’est un voilier ou un petit bateau sans « Automatic Identification System », il va généralement aussi beaucoup moins vite qu’un cargo, donc le temps avant collision éventuelle est aussi beaucoup plus long.

 

Donc je me réveille uniquement toutes les heures depuis que je fais les quarts de nuit seul. Je pense que c’est un bon équilibre entre sommeil et sécurité.

« Chéri, je crois que je me suis un peu lâchée sur les œufs lors de l’avitaillement » me dit Fab un matin, après les avoir recomptés et vérifié leur date de consommation.

 

« Ha bon... il en reste combien? »

« 36 »

« Treeennnteee siiixxx..., mais il nous reste une dizaine de jours de nav »

« Moins car ils seront périmés dans une semaine... ça fait 5 œufs par jours!!! »

 

Alors depuis, c’est le plan Orsec « il faut sauver les œufs de la cuisinière Fabienne..... ».

Cette semaine Fab a fait deux fois des crêpes, un gâteau, une dizaine d’œufs durs, elle en met dans les sauces, sur les crêpes, dans les légumes..

Eeeeettttt!!!!! elle est écœurée des œufs.....

 

Moi, pas encore, alors je relève seul ce défit débile de finir ces œufs de merde, achetés au Panama dans un supermarché, pondus par des poules dépressives certainement maltraitées et bourrées d’antibiotique.... tout cela parce que ma grand-mère paternelle, une sainte femme, m’a toujours dit qu’il ne fallait pas jeter de nourriture...

( après avoir subi les privations de deux guerres mondiales, c’était devenu une règle de vie naturelle qu’elle m’a transmise).

 

PANAMA - LES MARQUISES
PANAMA - LES MARQUISES

Samedi 18 janvier nous avons franchi le cap des 1000 miles nautiques restant. C’est maintenant 3 chiffres qui défilent en décroissant, et c’est idiot, mais cela va plus vite...

 

Le vent a baissé légèrement et s’est orienté plus à l’Est, il nous arrive donc complètement par l’arrière.

Nous sommes portés dans le même sens que les vagues, et parfois Sea you part allègrement dans un surf délicat comme une pin-up de Waikiki sur sa « longboard ».

 

Nous vivons toujours uniquement habillés d’espace, laissant le vent glisser sur la peau, le soleil nourrir notre chair de sa lumière le jour, et les étoiles et la lune nous observer la nuit comme Degas dans une série de dessins de Picasso.

Un sentiment de fusion unique avec l’univers.

 

Sea you lui, ne peut pas se permettre d’avoir le même couturier.

Il porte donc un génois agrémenté d’un tangon, très tendance, qui maintient sa voilure au vent et parfois une jolie trinquette, du plus bel effet, l’accompagne en ciseaux.

 

PANAMA - LES MARQUISESPANAMA - LES MARQUISES
PANAMA - LES MARQUISESPANAMA - LES MARQUISES

Les couchers de soleil sont très décevants depuis notre départ. Un seul a mérité que nous sortions l’appareil.

Le ciel se couvre généralement à l’horizon en fin d’après midi et masque la sortie de scène colorée de la star lumineuse de tous les jours.

 

 

Par contre, quand la nuit a grignoté toute la lumière du jour, le reste de l’univers peut enfin jaillir des cieux pour nous révéler sa divine beauté.

C’est généralement vers 23h, quand tous les nuages se sont évaporés, que l’atmosphère laisse passer sans perturbation aucune, les images de l’infini.

 

La Voie lactée, notre si extraordinaire galaxie, s’offre alors sans pudeur, elle aussi, à nos yeux d’enfant. Elle ne peut laisser notre cœur et notre esprit au repos.

 

Comment ne pas être transporté, au delà de nous mêmes, et de notre existence terrestre?

 

Comment ne pas ouvrir sa conscience vers « les sens ciel »?

 

Comment oser penser que l’on est les seuls dans la création à observer une telle beauté?

 

Nous qui passons notre temps à détruire ce qui il y a de plus beau, à abimer et salir notre planète, à nous entre-tuer, nous devrions lever les yeux plus souvent vers le ciel, non pas pour y chercher un vieux Barbu sénile qui soit disant nous protège, mais pour prendre conscience de la splendeur de l’univers et de notre rôle de terrien.

 

PANAMA - LES MARQUISES

Nous approchons de notre destination, l’île de FATU HIVA.

Eole s’est tourné plus au nord et pour la première fois depuis 21 jours nous changeons de bord, pour terminer cette magnifique navigation.

 

Il ne reste plus que 130 miles à parcourir, mais le vent a beaucoup faibli.

Nous sommes donc devant un cruel dilemme en ce vendredi soir de notre 29 ème journée.

 

En effet si cette nuit le vent reste faible, nous ne pourrons pas arriver de jour dans la baie des Verges. Et cela m’embête pour deux raisons.

La première est que je n’aime pas arriver de nuit dans un endroit que je ne connais pas. Mais bon, la baie est facile d’accès et cela est jouable.

La seconde, c’est que nous allons manquer la beauté de l’approche de cette petite île verdoyante qui a quand même un sommet à 1100m.

 

Le vent dans la nuit est très faible, j’ai même du rentrer partiellement le génois pour l’empêcher de claquer.

Donc au petit matin, il nous reste encore 90 miles. La seule solution serait de pousser au moteur pendant les 12 heures qui nous restent, pour arriver à 19h30.

 

Mais l’idée de faire 12h de moteur pour achever notre périple, ne nous plait absolument pas, alors nous décidons de ralentir le bateau, voir de nous mettre à la cap ( à l’arrêt). Pour arriver demain matin et découvrir l’île au lever du soleil. Nous ne sommes plus à une nuit supplémentaire.

 

Mais Eole cette farceuse, a décidé aujourd’hui de nous gratifier d’un bon vent...

Freiner son bateau alors que l’air ne demande qu’à s’engouffrer dans les voiles pour le faire glisser frénétiquement à la surface de l’eau, est une torture.

 

Je préfère de pas voir les moutons qui me narguent à chaque crête de vague, et je décide de rester dans le carré pour écrire et commencer la vidéo que vous verrez bientôt.

 

Mais bon, cela nous laisse aussi le temps de nous préparer à retrouver la terre ferme...

Il faut libérer la baille à mouillage où nous avons stocké des poubelles et des pare-battages, ranger et réorganiser un peu le bateau qui est en mode « y en a partout ».

 

Ma chambre, c’est le carré, celle de Fab la cabine « invités ». Notre chambre est devenue un débarras où pas mal de choses diverses s’entassent...

Bref Sea you doit retrouver une configuration « ordinaire »...

 

En fin de journée, pour une fois c’est moi qui voit l’île de Fatu Hiva en premier, et qui pour respecter la tradition hurle à tue-tête « terre, terre, terre... »

 

Cela peut paraître « bateau »... mais après 30 jours de mer, c’est toujours sympathique de revoir la terre.

 

Il ne reste donc qu’une petite trentaine de miles pour cette dernière nuit de navigation.

Je décide de retourner dormir dans le cockpit.

 

Ainsi, je peux mieux contrôler l’allure, en fait, toujours ralentir Sea yoU pour arriver au petit matin, et surveiller les alentours puisque l’on se rapproche de la civilisation.

 

Il n’y a pas de lune, en ce 25 janvier, la nuit est noire comme l’encre d’une pieuvre et on ne voit absolument rien.

 

Il n’y a absolument aucune lumière sur ce côté de l’île, pas même une balise pour la signaler.

Je ne vois sa présence que sur ma cartographie.

 

Ce n’est que vers 5h du matin, quand le jour s’attaque à la nuit pour lui prendre sa place, que je découvre en ouvrant un œil encore endormi, une masse noire énorme près de nous.

PANAMA - LES MARQUISES
PANAMA - LES MARQUISES

Nous ne sommes plus qu’à quelques miles d’une terre que nous allons pouvoir fouler, d’un pied de découvreur.

 

Il faut encore attendre une petite heure avant que l’astre de lumière ne peigne avec ses premiers rayons rougeoyants, une toile féérique sur les roches abruptes, la végétation luxuriante, les crêtes acérées et les vallées profondes.

 

Cela valait vraiment la peine d’attendre patiemment dans la nuit, que le spectacle commence et nous en profitons sans retenue.

 

Puis c’est l’arrivée dans la baie de Hanavave, appelée la « baie des verges » par les premiers explorateurs, et rebaptisée la « baie des vierges » par quelques missionnaires certainement effrayés par ce qu’ils avaient entre les jambes. (Je vous laisse juge sur les photos...)

C'est une vierge... peut-être!!!!

 

 

On ne pouvait arriver dans un endroit plus fabuleux. Cette baie est une des plus belles de l’univers.

Les yeux de l’enfant dont je parlais au début de cet article, ont trouvé ici ce qu’ils venaient chercher et qu’ils ne pouvaient plus trouver aujourd’hui à Tahiti.

 

Il ne manquait que les pirogues avec des vahinés habillées de feuilles et de fleurs... ( mais je ne me faisais pas beaucoup d’illusion à ce sujet, les missionnaires, toujours eux, ayant imposé, en arrivant, leur croyance et leur puritanisme.)

 

Qu’il est bon d’arriver dans un endroit, où tout le monde vous dit bonjour.

 

Et ce simple petit mot, est souvent le début d’une conversation, puis d’une invitation à recevoir des fruits en cadeaux.

Lors de notre première sortie à terre, nous avons reçu un régime de bananes, des pamplemousses, du coco rapé, des mangues, des citrons....

Cadeaux lors de notre première sortie

 

On ne pouvait pas rêver d’un plus bel accueil...

 

 

Merci de nous avoir suivi sur la page Facebook « seayou en tournée mondiale » que Maui a fait vivre chaque semaine avec les textes que nous lui avons envoyés par téléphone satellite.

 

 

Bon vent à tous et Sea yoU soon...

Le T-Punch traditionnel des arrivées...

 

P.S :

 

Pour nous, une fois de plus tout s’est très bien passé et on peut dire que nous avons eu une traversée globalement tranquille et sereine. (exceptées les 48 h de galère dans les premiers jours).

 

Néanmoins, il faut être conscient que la réussite d’une grande navigation comme celle-ci repose sur la notion d’équilibre.

Dès qu’un équilibre est rompu, il est indispensable de tout faire pour le retrouver au plus vite, car il peut très vite entraîner un enchaînement incontrôlable de déséquilibres.

 

Le premier et le plus évident est bien sur l’équilibre qui permet de se mouvoir dans un environnement en perpétuels mouvements désordonnés. Le cerveau n’a plus ses repères et cela peut vite conduire aux nausées, ou à la chute.

Cet équilibre là, contrairement aux autres, s’améliore normalement avec le temps.

 

Il y a aussi l’équilibre des voiles et du bateau dans son ensemble. Tout doit être bien réglé et surveillé pour fonctionner dans l’harmonie sans forcer ou raguer. Sans cela on use, on casse, on abime... et il vaut mieux s’apercevoir et changer avant la rupture qui aura toujours lieu au mauvais moment (de nuit, par gros temps...).

 

L’équilibre physique de l’équipage est extrêmement important. Il faut gérer sa fatigue et surveiller celle des membres de l’équipage.

Ne jamais laisser la surfatigue s’installer trop longtemps, car ensuite il est difficile de retrouver le sommeil et de récupérer.

Il faut aussi penser à bien s’hydrater et s’alimenter, pour donner de l’énergie à son corps.

 

Quand l’équilibre physique commence à vaciller, c’est l’équilibre psychologique qui est en danger.

Le mental profite de toutes les faiblesses pour prendre le pouvoir et déformer la vision de la réalité. La peur et les idées sombres vont miner le moral.

Il faut être très vigilant sur les signes annonciateurs de cet état et réagir vite en octroyant plus de repos ou en proposant des activités différentes qui changent de la routine.

 

Tous ces équilibres sont extrêmement fragiles en mer et interconnectés.

Un mois sur l’eau sans voir âmes qui vivent, cela peut être long pour certain et tenir sur la durée est indispensable...

 

Il faut apprendre à lâcher prise et à se laisser aller avec le flot de la vie... c’est toujours une expérience riche en enseignements sur soi-même.

 

PANAMA - LES MARQUISES
PANAMA - LES MARQUISES

Conseils aux marins

 

Départ.

 

Nous n’avons pas fait notre « Zarpe » de sortie du Panama.

Il fallait se rendre à Panama City À/R de Vista Mar, 5 h de bus de voyage en étant pas certain qu’en ces jours de Noël, il y aurait quelqu’un dans les bureaux.

On a donc fait l’impasse, car à part si vous voulez retourner un jour au Panama, cela n’a pas d’intérêt. En arrivant aux Marquises on ne vous le demande pas.

 

Nous avons croisé énormément de bateaux qui attendent, février, mars, voir avril pour traverser, à cause de la saison cyclonique.

Pour aller aux Marquises, qui sont situées trop haut pour avoir des cyclones, il n’est nul besoin d’attendre si longtemps.

Il y a beaucoup d’avantages à partir plus tôt.

Les vents que nous avons rencontrés étaient très corrects et largement suffisants pour nous ( entre 12 et 20nds).

On peut profiter plus sereinement, ensuite, des Tuamotus, avant l’arrivée des coups de Maramu, un vent de sud, pouvant être très très fort.

Il y a beaucoup moins de monde dans les mouillages..

Les nonos (bêtes qui piquent) sont moins virulents.

Si l’on ne cherche pas à rester une saison entière en Polynésie, on peut faire correctement 3 archipels (Marquises, Tuamotus, Société) et continuer la route pour être sorti de la zone cyclonique pour la fin d’année.

 

 

Route.

Attention à la zone de Malpelo. Bien vérifier le niveau des courants et surtout la météo. Si les fichiers indiquent entre 15 et 20nds... méfiance... avec des courants contraires et des grains cela peut vite être une grosse galère...

 

Nous avons ensuite filé vers la côte, car j’avais repéré que le vent tournait légèrement le soir et la nuit et permettait de faire un bord de descente vers le sud plus efficace. De plus le courant n’était plus contre nous à cet endroit.

 

Puis nous avons traversé l’équateur (au niveau du 081 20 00W). A partir de là, route directe sur les Marquises bâbord amure pratiquement jusqu’au bout.

 

Vent

 

Nord en quittant Vista mar et pendant environ 150mn

Puis baissé de vent , (12h) puis Sud, puis très changeant sous les grains (48h)

Puis de nouveau Sud jusqu’à la ligne de l’équateur.

A partir de là, s’oriente légèrement Sud Est pendant une dizaine de jours.

Commence à prendre plus d’Est vers le 19ème jour et restera ainsi jusqu’au 28 ème jour avec de légères variantes plus Sud ou plus Nord.

Enfin pour les deux derniers jours il sera franchement nord Est, et pour la première fois depuis l’équateur nous passerons tribord amure.

 

 

Arrivée

 

Il est théoriquement interdit d’arriver à Fatu Hiva, car il n’y a pas de gendarmerie pour faire son entrée officielle.

Mais l’île est tellement belle pour toucher terre après 30 jours de mer, que l’on a craqué.

Et on ne regrette absolument pas.

 

Inconvénients: on ne peut pas changer d’argent, il faut essayer de se débrouiller avec les autres voiliers, pour avoir quelques Francs Pacifique.

On ne peut pas descendre ses poubelles à terre.

Rafales de vent violentes qui descendent de la montagne. ( 30 à 50nds)

Le ravitaillement possible est sommaire ( à part les fruits donnés par les habitants), mais on peut refaire de l’eau potable sans problème sur le quai.

Peu de bons mouillages. Il faut choisir la sonde des 12m pour avoir du sable de bonne tenue. Avant c’est des cailloux et cela tient mal, après les fonds tombent très vite (20 à 30m). Ne pas hésiter à mettre de la chaine

 

 

Les habitants manquent de beaucoup de choses, et il est très facile de faire du troc.

Pensez à faire le plein avant de partir, entre autres:

articles pour femmes, crèmes, vernis, parfums, vêtements....

Pour les hommes, cordes, hameçons, vins, alcool, cartouches pour fusil de chasse...

 

Il y a beaucoup d’artisans et de sculpteurs.

Nous avons rencontré TEMO, qui fait de jolies choses à des prix très raisonnables.

(Tikis, Raies, Umete...)

N’hésitez pas à demander où il se trouve pour aller voir son travail et discuter avec lui... vous pouvez venir de notre part...

 

 

BILAN

 

Nous avons parcouru 4358 mn (8071km) en 30 jours, soit 6,05 mn /h de moyenne.

Partis le 26 décembre 2019, nous arrivons le 26 janvier 2020.

Nous avons bu 60 litres d’eau et consommé 165 litres d’eau de confort sur les réservoirs.

Nous avons cassé les deux côtés du Lasy jack, et la sangle de l’enrouleur de trinquette.

Nous nous sommes aperçus à temps de l’usure de la drisse de grand voile au niveau du réa en haut de mât et de l’écoute de génois au niveau du tangon.

Avant d’arriver le loch ne fonctionnait plus à cause d’un anatife (bestioles qui se mettent sur la coque en naviguant) qui avait élu domicile à côté de la roulette.

En inspectant le haut du mât , je me suis aperçu que le support de réa de génois était fissuré à deux endroits au niveau des rivets. Je vais commander la pièce et renforcer avec une sangle en attendant.

 

Les anatifes sur la coque à notre arrivée
Les anatifes sur la coque à notre arrivée

Les anatifes sur la coque à notre arrivée

PANAMA - LES MARQUISES
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Commenter cet article

Lebrun 20/02/2020 15:58

Bonjour mes cousins Super récit vous nous avez fait rêvé et aussi un peu stressé Biz à tous Deux après Léon voici Henri le 28 janvier fils de charles Édouard

Moise 20/02/2020 07:32

Merci pour ce fabuleux récit. Ça fait toujours autant de bien. Pour moi la vidéo ne fonctionne pas. ????????????. Moïse

FRED 10/02/2020 14:57

Quel récit magique et poétique ! Merci Bab d'avoir pris le clavier pour nous raconter le détail (enfin certains !) de cette traversée mémorable. C'est toujours un plaisir de te lire; ce que j'ai fait en plusieurs fois afin de savourer et de profiter de votre aventure. Bon séjour marquisien. Bises. Fred

baron von lulu 04/02/2020 13:45

alors , en principe ce sont des frégates et fous à pieds rouges qui t'ont encombré le cockpit, et tant que président de la ligue des fous du pacifique, je dénonce ce manque de compassion envers ces délicats éclaireurs qui t'ont juste indiqué le chemin ; de plus tu avoueras que c'est quand même pas évident de chier en volant !.......Retournes à Tétiaroa tant que t'es la-bas , il y a là une belle exposition de "volatiles" comme tu dis. Je vous embrasse , mes nudistes...pensée émue.......

Philippe Marchand 04/02/2020 12:39

Merci pour tout, joli récit Qui me renvoie à la traversée/stage de 10 jours que j’ai faite en décembre dernier , de Papeete à Ua Pou ,principalement au près serré. Votre aventure donne vraiment envie ! Quels sont vos projets?
Bonnes nav à venir

Sili 04/02/2020 10:35

que votre couple est beau et que votre aventure est belle, merci !! ????

Lamaignere 04/02/2020 08:42

Merci pour ce récit.
Ça me fait rêver et me donne envie de suivre votre route avec notre voilier .
Je connais la baie des vierges pour y avoir passé une nuit au mouillage mais c’était avec l’Aranui 5 ( J’avais trouvé un poste de médecins du bord pour avoir la croisière gratuite avec ma femme).
Bonne chance pour la suite.
Michel

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